WHEEL: Entretien avec le chanteur James Lascelles

WHEEL: Entretien avec le chanteur James Lascelles

Entretien avec James Lascelles chanteur de WHEEL. Par Gaelle

A l’occasion de la journée promotion organisée par Replica Promotion, Rock Metal Mag a pu s’entretenir avec James Lascelles chanteur du groupe Wheel. Son nouvel album RESIDENT HUMAN est sorti  le 26 mars 2021

Tracklisting:
1.Dissipating (11:52)
2.Movement (4:24)
3.Ascend(4:23)
4.Hyperion (12:09)
5.Fugue (4:32)
6.Resident Human (10:32)
7.Old Earth (2:17)

Resident Human, en écoute et commande : ICI

(crédit Ville Juurikkala)

Membres du groupe
James Lascelles – Vocals & Guitar
Santeri Saksala – Drums
Aki ‘Conan’ Virta – Bass
Jussi Turunen – Lead Guitar

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Rock Metal Mag : Comment vas-tu ? J’espère que la situation s’améliore chez toi ! Je viens de voir que Wheel a dû reporter sa tournée avec Apocalyptica…

James Lascelles: Ca va très bien, merci. Il fait soleil aujourd’hui en Finlande, même si il fait extrêmement froid ! Mais c’est normal ici, donc tout va bien. Tout ce qu’il se passe en ce moment est complétement dingue. Je pense que l’Europe s’en sort mieux que le Royaume-Unis si on regarde la situation globale de cette dernière année. C’est terrible. Et en effet nous avons dû repousser la tournée. Nous sommes vraiment très déçus de devoir le faire . Mais nous n’avons pas d’autre choix. Ce sont potentiellement de gros concerts avec beaucoup de monde concentré au même endroit. Je pense que c’est donc la meilleure décision à prendre pour le moment, bien que les nouvelles dates soient encore bien loin !

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Rock Metal Mag : Concernant votre nouvel album, quelle est la principale différence entre l’enregistrement de votre précèdent album et Resident Human ?

James Lascelles: Je crois que la différence majeure repose sur le fait que nous avons des musiciens différents. Notre précédent bassiste, Mikko Määttä, prenait toujours part à l’écriture des albums. Mais il est parti en 2019 pendant une tournée. Il a été remplacé par Aki Virta. C’est un mec génial et un super musicien. C’est aussi grâce à lui que notre page Instagram s’est bien développée, au point de devenir notre page principale concernant l’actualité de Wheel. Il fait beaucoup pour nous et nous l’adorons tous. Son jeu de basse est très énergique, tout comme lui.

Ensuite, notre guitariste a aussi pris le large en novembre 2020. Ce n’est pas un grand fan des tournées, donc il a décidé qu’il était temps pour lui de passer plus de temps à la maison avec sa famille. Il se focalise maintenant sur sa carrière de professeur. Pour faire court, j’ai dû jouer moi-même les parties de guitare sur le nouvel album. Roni Seppänen est venu jouer quelques solos mais tout le reste vient de moi. Donc ça c’est déjà une grosse différence.

Il y a aussi la partie composition qui diverge un peu. La dernière fois, nous avions décidé de la manière dont nous voulions que les chansons soient présentées. Cette fois-ci, nous avons vraiment laissé une grande place à notre coté humain dans notre façon de jouer. Cela donne un aspect plus dynamique. Nous avons fait en sorte de ne pas trop nous corriger pendant l’enregistrement. Je pense que c’est pour cette raison que l’album sonne plus brut. C’est comme jouer de la musique au  moment présent, comme quelque chose que l’on viendrait tout juste d’improviser. C’est plus naturel. Je pense que cela se ressent réellement à l’écoute.

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Rock Metal Mag : Et par rapport à ce très beau son que vous vouliez plus brut, vous l’avez obtenu en enregistrant en live tous ensemble ?

James Lascelles: Merci pour le compliment. Nous avons enregistré la batterie et la basse ensemble, dans un studio à Helsinki nommé Finnvox. Les gars là-bas ont fait un boulot incroyable. La majorité de l’enregistrement s’est effectué dans une pièce commune, même s’il y a des passages qui ont été enregistrés séparément. Le plan initial était d’enregistrer quelques guitares dans la salle de contrôle, mais je repartais toujours dans la pièce principale. Je voulais avoir accès au plus de matériel possible. Et nous avions vraiment envie de reproduire une sonorité la plus proche possible d’une performance live. Parfois, nous avons enregistré sans clic car ça ne nous convenait pas. L’action paraissait forcée.

Ca bouge beaucoup dans l’album. Il y a des morceaux où le rythme diminue drastiquement. Ce genre de mouvement soudain, produit de bonnes chansons. Si tu écoutes “Since I’ve Been Loving You” de Led Zeppelin, au début de la chanson, quand le premier son de batterie démarre, ça ralentit énormément. C’est à environ 30 battements par minute. C’est une chute vertigineuse, mais en réalité cela ajoute du mouvement à la chanson. Cette fois-ci, nous nous sommes appuyés sur ça. Pour les guitares, c’était plus compliqué, mais je suis très content du résultat.

Nous sommes entrés en studio au cours du mois de mars 2020. Beaucoup de chansons étaient déjà prêtes lors de notre tournée le mois précédent. Quand il a fallu écrire les paroles, cela a été de loin le pire moment du processus. J’ai fait un genre de burn-out après avoir bossé sur la partie instrumentale de l’album ! Cela m’a pris quelques mois pour me remettre au travail et me reprendre en main. De là, j’ai découvert ce magnifique roman de science-fiction écrit par Dan Simmons sur le destin de l’Humanité.

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Rock Metal Mag : Oui l’album a été principalement inspiré par cette série de romans !

James Lascelles : En effet. La plupart des thèmes abordés m’ont vraiment parlé, surtout si on prend en compte le fait que j’étais déphasé à ce moment là. J’ai pris du recul par rapport à ma vie de tous les jours. J’ai réévalué ma vie et ce que j’en faisais. Suite à ça, j’ai commencé à m’intéresser à des sujets profonds, comme la mortalité ainsi que notre relation avec la vie et la mort. J’ai réalisé que je n’étais pas le seul à subir cette épreuve. Toutes les personnes à qui j’ai parlé traversaient ce même voyage lié aux questions existentielles.

Cela peut sembler négatif mais je pense que c’est le contraire. C’est libérateur. On repense à notre valeur et aux choix que nous faisons. D’ailleurs nous sommes incroyablement chanceux d’être là et d’avoir maintenant cette conversation ! Nous sommes au chaud chez nous alors que des milliers de gens n’ont pas ce luxe. Je pense que j’essaie d’être plus soucieux sur le fait que rien n’est acquis. C’est un des principaux thèmes de l’album. Et c’est l’aspect positif qui en ressort.

Le côté négatif des paroles a surgi après avoir observé la mort tragique de George Floyd. Il y a un aspect toxique dans ce contexte où tu te retrouves avec deux camps qui essaient de se détruire et personne n’écoute l’autre. Cet homme a été assassiné à tort dans une situation qui aurait facilement pu être évitée. Les policiers ont ensuite menti. C’est répugnant. Il n’y a aucune excuse pour leur mauvais comportement. Ce genre de choses ne devraient pas arriver. Tu peux être déviant sans pour autant te faire tuer par la police. C’est inacceptable de nos jours. Et il n’y a pas que le cas de Floyd.

Aucune excuse n’est valable dans l’utilisation excessive de la force face à un homme non armé. Je ne sais pas quelle solution existe face au système d’oppression américain, mais ce dont je suis certain c’est que c’est réellement mauvais. Une des questions fondamentales à se poser désormais est « pourquoi ? ». Pardon je m’étale sur le sujet !

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RMM : Non c’est intéressant, tu as parfaitement raison. La chanson  “Movement” est d’ailleurs inspirée de cette tragédie (ndlr : George Floyd). Comment s’est déroulée la réalisation du clip vidéo ?

James : Nous l’avons enregistré dans une pièce où nous avons respecté les distanciations sociales. Cette vidéo appuie le thème du morceau. Il y a une espèce de dissociation par rapport à la rhétorique toxique liée à la chanson. Tu peux te cacher derrière un écran et utiliser ça comme une arme. Les gens écrivent d’une manière plus agressive et plus cruelle que s’ils le faisaient en face à face. La vidéo met en avant cela.

Par rapport à ce dont nous avons déjà parlé sur le système policier américain qui est brutal, il y a donc ceux qui dénoncent cela et ceux qui le défende. D’un point de vue personnel, je ne veux pas prendre parti car je pense que les deux camps sont stupides. Cracher sur la police n’est pas la meilleure solution pour améliorer les choses. Il est plutôt question des restrictions qu’il y a dans la police et de la santé mentale de chacun. Mais les gens sont divisés et cela ne permet pas de progresser. La vidéo résume un peu tout cela. Tous ces visages se retrouvent dans une même pièce.

Nous voulons mettre en avant la part d’humanité de chacun.

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RMM : Sur votre précédent EP, tu étais déjà très marqué par la société, l’actualité et les réseaux sociaux. Quel sujet est le plus choquant ou le plus révoltant pour toi, et qui est peut-être abordé dans une de tes chansons ?

James : Ce qui me vient en tête, ce sont des sujets qui ne sont pas très populaires. J’ai vu par exemple des gens être mal représentés à travers une espèce de propagande. C’est notamment arrivé lors de la crise des réfugiés syriens. Cela s’est produit il y a de nombreuses années, mais c’est le parfait exemple qui montre comment nous pouvons être rapidement déshumanisé.

Un groupe de personnes tente d’échapper à une zone de guerre. Les médias britannique de l’époque ont illustré cela comme étant une colonie (ndlr: “a swarm” en anglais). C’est un nom employé pour décrire un groupe d’insectes envahisseur. Ce terme a été utilisé délibérément pour manipuler la société en faisant croire que ces gens étaient mauvais. Cette manière de parler de personnes qui vivent dans une zone de guerre est horrible. C’est complétement nul. Beaucoup de femmes avaient des enfants et elles voulaient simplement les protéger en partant ailleurs.

La réponse de l’Europe était répugnante.

La première question à se poser aurait dû être « combien de gens pouvons nous aider ? » plutôt que de se demander combien d’immigrés les pays pouvaient accueillir. Les discours entendus s’éloignent vraiment de ça.

Quand tu regardes toutes les conspirations qui ont émergées au cours de l’année 2020, beaucoup n’étaient pas soignées. Il y a toutes ces conneries dingues que des gens croient. C’est une quête perpétuelle de réponses. Alors que la vraie réponse est simple. Il suffit de regarder notre société. Tout est lié à l’argent. Ces trucs sont publiés pour que des gens se fassent de l’argent sur le dos d’autres personnes. Il n’y a pas de meilleur exemple de notre monde moderne. C’est pour cette raison que nous sommes là où nous en sommes actuellement.

On a pu voir un gros changement se produire vers 2005, quand de grosses compagnies comme Google, Facebook et plein d’autres lobby se sont mises à collecter des données. Ces données sont utilisées bien souvent pour manipuler la société. Nous prétendons ne pas vivre dans un système fugace mais quand tu vois ce qu’il se passe, notamment avec Donald Trump qui a soutenu ouvertement l’insurrection contre son pays…

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RMM : Revenons à la musique. Qu’aimes-tu le plus dans le metal progressif ? Et comment es-tu tombé dedans ?

James : Pour moi, il n’y pas de règles, ni de limitations dans la musique prog. Tu peux en quelque sorte tout faire ! Il y a évidemment des éléments dont tu ne peux pas te détacher car ils sont propres au genre. Mais il y a plein de manières différentes d’explorer des structures, des arrangements et des sonorités qui n’ont jamais été déjà faîtes auparavant. C’est très intéressant car il y a un côté inépuisable dans les sonorités du prog. En tant qu’artiste, j’aime faire des choses qu’aucun autres artistes n’a essayé. Il y a aussi des façon différentes de justement creuser quelque chose qui a déjà été fait. Tu peux constamment t’améliorer et explorer de nouveaux territoires.

Quand j’étais petit, mon frère était choriste à l’abbaye de Westminster à Londres. Nous avions l’habitude d’aller là-bas avec ma famille pour le voir le Week-end. C’était incroyablement beau à voir et à écouter. Donc, d’un côté il y avait cet aspect de la musique lié à la chorale et d’un côté je jouais un peu de guitare. J’étais à fond dans les groupes super bruyants et enragés qui critiquaient la société. Je pense que j’ai essayé de mélanger ces styles. Muse, par exemple, a toujours mélangé de la musique classique avec du rock contemporain. Je pense que c’est ce que fait le prog d’une manière complétement différente !

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RMM : Que peut-on espérer d’un concert de Wheel ?

James : Quand nous avons démarré le groupe, on faisait toujours en sorte de ne pas se planter et de ne pas tout rater ! Nous restions debout et bien droit chacun à nos places. Nous jouions juste notre musique car pour nous, être sur scène était quelque chose de complétement nouveau. Il y a plein de détails à prendre en compte. Et il y a aussi plein d’opportunités pour foirer un live !

Mais c’est différent maintenant et les gens seraient surpris ! Depuis que nous avons changé de bassiste sur la tournée avec Soen, il y a plus de mouvement. Aki court et saute partout. Il est un peu dingue avec un côté très punk. Nous le laissons faire et nous n’essayons pas de le contrôler. C’est ce qui rend chaque concert différent. C’est merveilleux de pouvoir se fier seulement à son ressenti et non plus aux aspects logiques d’une performance. Je voulais toujours contrôler notre son, mais en fin de compte, tu ne peux pas vraiment contrôler ce qu’il se passe en live.

Tout peut arriver quand tu es sur scène. Il faut se concentrer sur le moment.

Et nous aimons interagir avec le public. Ce qui est génial avec cette musique, c’est que nous avons une fanbase très passionnée. Je parlais de gratitude un peu plus tôt et nous nous sentons vraiment chanceux par rapport à ça. Quel beau privilège que de partager son art avec des gens qui l’apprécient et qui vous soutiennent pour ça. Je suis très reconnaissant d’avoir Wheel.

Merci à James Lascelles, chanteur de Wheel et à Replica Promotion

 

Site web de Wheel: http://wheelband.net/

Chronique de l’album ICI

Page Facebook de Wheel: https://www.facebook.com/wheelband/

 

Photo de couverture par Ville Akseli Juurikkala