Rock’n Roll Hall of Fame Cleveland

Rock’n Roll Hall of Fame Cleveland

Visite du Rock’n Roll Hall of Fame à Cleveland

Rock’n Roll Hall of Fame
Cleveland, Ohio (USA)
Visité du 19 au 25 octobre 2025
Par Martine Varago

Rock’n Roll Hall of Fame

Rock’n Roll Hall of Fame : Aux origines du mythe

Si je vous dis qu’il n’y aurait pas de heavy metal sans Elvis Presley, est-ce que vous me croyez ?

Si oui, c’est que vous avez tout compris au rock’n’roll. Sinon, il va falloir faire un tour du côté du Rock and Roll Hall of Fame, à Cleveland aux États-Unis.
Ce temple du rock’n’roll est un musée unique en son genre. Il retrace l’histoire du rock dans le monde anglo-saxon et la grande exposition est répartie sur six étages. L’étage inférieur est, selon moi, la Bible du rock : on y suit un véritable pèlerinage à travers plus de cinquante ans d’histoire musicale, depuis les racines du genre jusqu’à ses ramifications les plus extrêmes.

On y découvre l’influence majeure du blues et du gospel afro-américain, fondations sur lesquelles le rock’n’roll s’est bâti. Pour ne nommer que les plus influents Bill Haley, Chuck Berry, Little Richards, Robert Johnson, Bessie Smith, Howlin’Wolf, Muddy Waters… Elvis Presley, surnommé à juste titre le roi du rock’n’roll et omniprésent, a largement puisé ses influences chez certains de bluesmen. C’est autour de lui que se construit une partie de l’exposition du niveau 0.

Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la mise en lumière de la vision presque prophétique de Sam Phillips, DJ et producteur des années 1950. Phillips fut l’un des tout premiers à pressentir l’impact du rock’n’roll à l’échelle mondiale. Avant de lancer Elvis, il avait déjà enregistré des légendes du blues comme B.B. King, James Cotton ou Howlin’ Wolf.

Et c’est avec la chanson Rocket 88 (chantée par Jackie Brenston avec le groupe d’Ike Turner) qu’il produit en 1951 ce que beaucoup considèrent comme le tout premier morceau de rock’n’roll. Mais le véritable tournant a lieu le 5 juillet 1954, lorsque Sam Phillips enregistre, sur son propre label Sun Records, un jeune inconnu nommé Elvis Presley. Ce jour-là, le rock’n’roll naît officiellement.

La philosophie de Phillips, d’une modernité et d’une humanité frappantes, résume tout :
« But once you’ve got it, the color of a man’s skin doesn’t show on a record. » (« Mais une fois qu’on l’a, la couleur de peau d’un homme ne se voit plus sur un disque. »)

Autrement dit, pour lui, la musique dépasse toutes les frontières raciales. C’est à Memphis, dans ce contexte, que le rock’n’roll voit véritablement le jour.
Sans Elvis Presley, Johnny Cash, Chuck Berry, Freddy King et tous ces pionniers du blues et du rock, The Beatles n’auraient probablement jamais existé. Originaires de Liverpool, les Fab Four se sont profondément nourris des sons venus des États-Unis : Buddy Holly, Little Richard, Carl Perkins, Chuck Berry, Elvis Presley, Jerry Lee Lewis… Leurs premières inspirations sont toutes ancrées dans le rock américain. Leur tout premier concert américain, en 1964, au Coliseum de Washington D.C., marque le début de la « British Invasion ».

Récemment, j’ai eu la chance d’interviewer Johannes Eckerström, chanteur du groupe Avatar, qui m’a confié :
« Le cœur de nos influences, ce sont The Beatles et Black Sabbath, mais il y en a bien plus encore. The Beatles, je pense qu’ils comptent beaucoup aussi, parce que l’on est assez éclectiques. »
Donc, quelque part, il n’y aurait pas d’Avatar sans les Beatles, et pas de Beatles sans Elvis…

Rock’n Roll Hall of Fame : Un voyage à travers les décennies et les continents du rock

Le musée propose une plongée passionnante dans l’histoire du rock à travers un classement chronologique et géographique.
On commence naturellement par Memphis, berceau du rock des années 1950 avec Elvis Presley, figure emblématique de cette époque.

Dans les années 60, San Francisco devient le cœur d’une scène musicale psychédélique florissante. Des groupes comme Jefferson Airplane, Grateful Dead, Santana et Big Brother and the Holding Company (avec Janis Joplin) incarnent cette liberté d’expression artistique et sociale, souvent liée aux mouvements contestataires contre la guerre du Vietnam, avec manifestations et sit-ins dans tout le pays. A cette époque, l’Amérique de l’Oncle Sam va même jusqu’à considérer un chanson rock de criminel.

Au 21e siècle, encore, on a pu rencontré des manifestants contre les paroles d’Eminem (2001). Et comme le cite Frank Zappa en 1985 : « le rock n’a jamais été écrit, ni joué pour des conservateurs ».

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Liverpool voit naître un groupe devenu mythique : The Beatles. Le Fab Four s’inspire du rock’n’roll américain de Buddy Holly, Little Richard, Carl Perkins, Chuck Berry, Jerry Lee Lewis et bien sûr Elvis Presley.
A la même époque, Los Angeles devient un haut lieu de l’industrie musicale. Des clubs mythiques comme le Troubadour (ouvert dans les années 50 comme club de jazz) ou le Whisky a Go Go accueillent de jeunes talents qui marqueront l’histoire du rock. Quelques stars de référence y sont répertoriés, notamment The Byrds, the Eagles, Jim Morrison…

D’autres villes comme New York ou Détroit voient émerger des groupes avant-gardistes tels que MC5 ou The Stooges, prémices du punk et du rock contestataire du début des années 70. Il ne faut pas oublier The Ramones, groupe punk par excellence avec une vitesse d’exécution dans l’art de jouer qui a une énorme influence sur le punk britannique. Des accessoires et instruments derrière les vitrines témoignent de leur vitalité.

Les décennies suivantes donnent naissance à de nouveaux courants : dans les années 80 et 90, le grunge fait son apparition à Seattle, porté par des groupes emblématiques comme Nirvana, Pearl Jam, Alice in Chains et Soundgarden, ce dernier ayant été intronisé en 2025 au Rock and Roll Hall of Fame.

D’autres régions sont également mises en lumière. Le Midwest est représenté par des artistes comme Bob Seger, REO Speedwagon, Cheap Trick ou encore le groupe Chicago. À Minneapolis, Prince révolutionne la scène musicale dans les années 80. Et à Cleveland, on note la présence du groupe The Baskerville Hounds, clin d’œil au roman de Sherlock Holmes.

Le rock au féminin a aussi sa place dans le musée du Rock’n Roll Hall of Fame .

On y célèbre Carole King, née en 1942, dont l’album Tapestry (1971) reste un immense succès (14 fois platine, record inégalé jusqu’en 1985). Parmi les autres figures marquantes : Janis Joplin, Patti Smith, Joan Jett, Lita Ford, Alicia Keys, the Bangles, Siouxie Siou, Wendy O’Williams, Bikini Kill (symbole du féminisme punk des années 90), Grace Jones, Alanis Morissette, Pink, Queen Latifah, Amy Winehouse, Melissa Etheridge, Courtney Love ou encore Meredith Brooks. Bien trop nombreuses pour nommer toutes ces rockeuses ou chanteuses, le Rock Hall nous montre de courtes vidéos de leur performance. Les femmes, encore minoritaires, y trouvent peu à peu la reconnaissance qu’elles méritent.

Le musée consacre une section importante à trois légendes : Elvis Presley, The Beatles et The Rolling Stones. On y découvre aussi des éléments du hard rock et du heavy metal, avec les accessoires d’Alice Cooper, les guitares et costumes de Def Leppard, Scorpions ou les instruments de Metallica.

Scorpions : Rudolf Schenker

Metallica : Lars Ulrich

Le 2ᵉ étage propose un espace interactif appelé « Le Garage », qui simule une salle de répétition où les visiteurs peuvent jouer, chanter. Chaque visiteur peut s’initier à la guitare, à la basse, au synthé ou à la batterie. Le large choix d’instruments de musique est en prêt gratuit mais peu s’y précipitent. On peut même jouer au flipper, puisqu’un espace est dédié à ces machines de jeu, avec trois modèles : Aerosmith, Foo Fighters et un inspiré d’une pochette de Led Zeppelin.

Le 3ᵉ étage est centré sur le processus d’intronisation au Rock’n Roll Hall of Fame. Un mur chronologique présente l’ensemble des stars intronisées de 1983 à nos jours : Kiss et Nirvana en 2014, Joan Jett (2015), Cheap Trick (2016), Pearl Jam (2017), Def Leppard (2019), Foo Fighters (2021), Judas Priest (2022), Rage Against the Machine (2023), MC5, Ozzy Osbourne (2024) pour n’en citer que quelques uns. On peut voter pour les prochains groupes.

En 2025, le public propose, en numéro un, Linkin Park, et en deux, Iron Maiden, pour ne citer que les plus importants parmi une centaine d’autres. Par ailleurs, la très attendue cérémonie d’intronisation du Temple du Rock & Roll 2025 aura lieu en direct le 8 novembre 2025 au Peacock Theatre de Los Angeles.

En outre, trois Harley-Davidson légendaires sont exposées : celle d’Elvis Presley (1957), celle de Billy Idol (offerte par l’artiste en 1985) et celle de Bon Jovi, installée depuis son intronisation en 2018.

Le 4ᵉ étage offre la possibilité aux visiteurs de créer des rythmes au laboratoire « Beat Lab » alors que le mur de Pink Floyd envahit une grande partie du hall.

Au 5ᵉ étage, avec vue imprenable sur le lac Érié, place aux guitaristes légendaires. Les fans peuvent admirer plusieurs modèles exposés, dont une utilisée par Kurt Cobain lors du concert mythique au Live Forum en 1993 à Los Angeles — une vidéo montre même la célèbre scène où il détruit son instrument sur scène.
Les batteries de Sum 41 et de Green Day sont installées, la guitare d’Eddie van Halen ainsi que le trône de Taylor Swift, l’une des rares artistes du XXIᵉ siècle.

Kurt Cobain

Enfin, le 6ᵉ et tout dernier étage du Rock’n Roll Hall of Fame est actuellement consacré à une exposition temporaire sur Bon Jovi, avec des archives, objets personnels et vidéos rares.

Rock’n Roll Hall of Fame : Une expérience inoubliable

Le Rock’n Roll Hall of Fame est bien plus qu’un musée : c’est un véritable temple dédié à la musique, un lieu de mémoire et de célébration pour des milliers d’artistes issus du rock, mais aussi du rap, du punk, du metal et de la pop. Au-delà des genres, le rock’n’roll est aussi un phénomène social, l’un des mouvements culturels le plus influent du XXᵉ siècle. Le rock’n’roll, c’est aussi la liberté, la tolérance — une belle leçon humanitaire, autrement dit. Et ce musée, avec son approche vivante, pédagogique et immersive, en est le reflet vibrant.

Voir le Rock’n Roll Hall of Fame puis mourir.

https://rockhall.com/