PORN – THE DARKEST OF HUMAN DESIRES – Act II

PORN – THE DARKEST OF HUMAN DESIRES – Act II

PORN sculpte sa musique comme on fait jaillir une statue d’un bloc de marbre, il en résulte un album monumental de dix titres intenses et habiles dont le son remarquablement structuré fait la beauté. Chronique : PORN – THE DARKEST OF HUMAN DESIRES – Act II, par Véronique Passos

Chronique : PORN – THE DARKEST OF HUMAN DESIRES – Act II, par Véronique Passos .

PORN – THE DARKEST OF HUMAN DESIRES – Act II

Sortie le 22 février 2018

Genre : Gothic Metal, Metal Indus, Murder Rock

Les disques Rubicon // Echozone // Soulfood Music

An erotic state of Mind

PORN nous propose de suivre l’évolution de Mr Strangler depuis le premier chapitre de la trilogie THE OGRE INSIDE Act I paru en 2017. Dans l’acte I, il luttait pour préserver une face socialement acceptable au prix d’un mal-être abyssal mais après que l’ogre intérieur ait tout dévoré de ce qui l’emprisonnait, les pulsions meurtrières de Mr Strangler sont libérées, monstrueuses et envahissantes.

THE DARKEST OF HUMAN DESIRES Act II nous conte la rencontre d’un homme et de son identité profonde, de la façon dont il l’accepte et la revendique aux yeux du monde. « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus » avait jeté M. Pialat au public qui le sifflait lors du palmarès du festival de Cannes 1987 et Mr Strangler nous dit « je tue, que ça vous plaise ou non car je suis ainsi ».

On n’entre pas modérément dans l’univers de PORN, on s’y immerge et l’on s’y abandonne alors êtes-vous prêts à rencontrer l’ogre et à contempler les tréfonds de l’âme humaine ? Bienvenue dans les plus sombres des désirs humains !

PORN sculpte sa musique comme on fait jaillir une statue d’un bloc de marbre, il en résulte un album monumental de dix titres intenses et habiles dont le son remarquablement structuré fait la toute beauté.

Vous lirez des références, des comparaisons ; pour ma part, je préfère me concentrer sur ce qui différencie PORN des autres : l’intelligence des auteurs (Philippe Deschemin, Erwan Frugier), les thèmes, le désir de faire une œuvre holistique et la voix évidemment.

Intelligence oui, car comment captiver l’auditeur avec l’histoire d’un tueur en série si ce n’est par des compositions puissantes et envoûtantes. Cependant, si j’osais une parenté, je dirais que PORN est l’enfant naturel de Marilyn Manson et des très élégants et très « clean » Interpol.

Comme un criminel adroit, la musique de PORN est un piège qui se joue de nos défenses, de notre morale et nous laisse, pétrifiés d’effroi mais séduits, consentants.

La voix de Philippe Deschemin est l’un des atouts majeurs de PORN. Convaincante par ses nuances, sa puissance maîtrisée et sa capacité à transmettre des émotions, elle est le principal vecteur de l’empathie que l’on ressent pour Mr Strangler. Le groupe tire son nom de l’album Pornography de The Cure mais je vous fais une confidence, si vous ignorez le sens réel du nom PORN, écoutez la voix et vous saurez !

Servi par un mixage que j’apprécie mais qui peut en désarçonner certains, l’album bénéficie de l’apport du fameux Tom Baker (M. Manson, Ministry, Nine Inch Nails…) qui a masterisé le tout en lui apportant une belle cohérence.

Du côté de la couleur musicale nous sommes bien dans le Gothic Metal avec quelques légères incursions dans le Doom Metal (« Tonight forever bound » « Eternally in me » « The radiance of all that shines ») et le Metal Indus (« Here for love » « My rotten realm »). PORN qualifie sa musique de Murder Rock… Mortelle en effet !

L’album débute à tombeau ouvert avec « Choose your last words », ce morceau plante le décor « No one is innocent » et la tension s’installe. « Evil six Evil » s’impose acidulée, rapide, parfaite ; « I will embrace what I am » Mr Strangler libéré fait face à son destin funeste.

 La troisième chanson « Here for love » est diablement efficace avec son refrain entêtant, « je tue mais sans haine » pourrait en être le sous-titre, il a le meurtre joyeux et exalté ce personnage ! Une ressemblance avec une certaine orange ne semble pas fortuite…

« Tonight forever bound » et « Remorse for what ? » sont indissociables puisqu’elles s’enchaînent presque sans pause, la seconde venant comme un développement instrumental (enfin pas exclusivement) de la première. Leur traitement musical sublime le sujet et crée une atmosphère de compassion qui les rend déchirantes et troublantes.

Difficile de succéder à ce moment fort et  » My rotten realm », quasi anecdotique, peine à me surprendre. « Eternally in me » arrive ensuite et nous entraîne encore plus profondément dans les ténèbres, elle pose la question de la rémanence de la jouissance chère aux tueurs en série. La voix est, ici encore, fascinante et dangereuse.

« The radiance of all that shines » évoque magistralement le désir de toute-puissance de Mr Strangler, menaçante et somptueuse, elle me laisse totalement vulnérable. Le neuvième titre, « Abstinent killer » revient vers un son plus lourd et familier et se demande si nos pulsions triomphent toujours de notre volonté, résister ou céder à ce que l’on est véritablement…

Cet opus se termine avec un point culminant, « The last of a million » est mon coup de cœur. Mélodique, satinée, attirante comme la lame de rasoir qui tranche le fil si ténu de la vie qui s’échappe dans un dernier soupir.

Des citations sonores de tueurs célèbres émaillent l’album et le documentent, elles valident le récit de cet acte II et lui donnent une gravité singulière.

Eros et Thanatos, pulsion de vie contre pulsion de mort sont les deux faces de la même médaille et c’est bien de cela dont il s’agit dans l’œuvre de PORN ainsi que le lien entre la violence et le sexe. La violence est-elle le substitut du sexe lorsqu’il est empêché ? Prendre la vie de l’autre serait-il un ultime acte d’amour ? Il faut avoir le talent de PORN pour porter de telles questions.

Le malaise est inévitable lorsqu’on se penche sur l’histoire et les motivations des tueurs en série, le trouble est là comme devant les peintures de Justin Mortimer. Pourtant, si l’on aime Jean Genet comme je l’aime, on sait que le criminel peut être séduisant ; l’écoute de PORN me donne envie de relire Journal du voleur ou Notre-Dame des Fleurs.

L’acte III est annoncé pour 2020, après la victoire de l’ogre intérieur et la libération de ses pulsions, quel sera le destin de Mr Strangler : le remords, la repentance, la punition, l’enfermement, la folie ? Gageons que l’auteur a déjà sa petite idée !

« L’homme a besoin de ce qu’il a de pire en lui s’il veut parvenir à ce qu’il a de meilleur » Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche.

PORN – THE DARKEST OF HUMAN DESIRES – Act II

Tracklist :

10 – Choose you last words
11 – Evil six Evil
12 – Here for love
13 – Tonight forever bound
14 – Remorse for what ? 
15 – My rotten realm
16 – Eternally in me 
17 – The radiance of all that shines 
18 – Abstinent killer 
19 – The last of a million

Membres du groupe

Mr Strangler : Vocals, drums programming, synth
The One : Synth, guitar
The Priest : Bass
Zinzin Stiopa : Guitar

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