MARILLION: Entretien avec Steve Hogarth


Rock Metal Mag
a eu le plaisir de s’entretenir avec
Steve Hogarth,
le chanteur du groupe Marillion
le 20 septembre 2016

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Rock Metal Mag :Vous avez fait une campagne Pledge pour cet album. Pourquoi ce choix ?

Steve : C’est eux qui sont venus vers nous.  Pledge nous a sollicité et nous a demandé si nous aimerions faire une campagne sur leur plateforme. On nous a dit que ce serait une bonne chose pour nous de créer une campagne de crowd founding, et que ça allait nous permettre de faire du bon business. Nous avons beaucoup appris à travers cette expérience. Nous avons travaillé avec une dénommée Lucie qui nous a dit que le deal était très honnête. Comme Pledge possède des bureaux presque partout et pas seulement en Angleterre, le travail de Lucie a été beaucoup plus facile ! Celà aurait été beaucoup plus compliqué si elle avait été seule. Cela a été une collaboration très utile et nous sommes très satisfait du résultat.  Nous avons eu plus d’argent que prévu pour faire cet album.

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 Rock Metal Mag :  Combien de temps cela vous a pris pour atteindre votre but sur Pledge ?

Steve : Nous n’avions pas de but, en fait,  car Pledge ne fonctionne pas comme ça. Il n’y a pas d’objectif à atteindre pour pouvoir réaliser le projet, ça se fait tout naturellement. C’est très ouvert et nous aimons fonctionner comme ça. Au moins  nous pouvons contrôler tout ce qui se passe. C’est vraiment un moyen idéal pour nous.

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 Rock Metal Mag : Peux-tu expliquer le titre Fear et ce qu’il signifie pour toi ?

Steve : Le titre est issu de la dernière chanson de l’album appelée « The New Kings ».  Le thème principal est l’argent et les banques, et la chanson parle de la manière dont l’argent influence et compromet nos démocraties. Les régimes politiques sont comme les nouveaux rois, vendant diamants et or. Ils profitent de tout le monde avec le pouvoir de l’argent. Ils font ce qui leur plait comme ça leur plait et se foutent des conséquences de leurs actes. D’où le titre  » Fear : Fuck Everyone And Run. Ils nous baisent et partent en courant!  Je le chante avec beaucoup de tristesse mais sans aucune haine.

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Rock Metal Mag : Et quelle est l’idée derrière l’image dorée de la pochette de l’album ?

Partie 1.2.3

Steve : Cela renvoie encore à l’argent et aux banques. Je voulais que la pochette ressemble à l’estampillage des lingots d’or. La première partie de l’album s’intitule « Eldorado ». Elle renvoie à « New Kings » de part son message assez similaire. Nos valeurs sont compromises à cause de l’argent. A un autre époque, trouver l’Eldorado, signifiait de partir dans certaines régions du monde à la recherche d’or. L’or représente très bien la fortune et la corruption qui en découle. Tout ça est en rapport avec ce qu’il se passe dans le monde actuellement, notamment par rapport aux réfugiés qui viennent en Angleterre pour avoir une vie meilleure. Je pense aussi à ceux qui sont en France à Calais dans « la jungle ».  « Eldorado » c’est en quelque sorte, l’annonce d’une catastrophe humanitaire. J’ai un pressentiment, je ne sais pas exactement ce que c’est ni comment l’expliquer. J’ai comme un sentiment de honte face à la crise des migrants et par rapport au fait que tout ce qui arrive dans le monde, c’est de notre faute. C’est à la fois l’ annonce d’une calamité humanitaire, d’un cataclysme écologique et d’un désastre financier.

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Rock Metal Mag : Comment et quand est né le fil conducteur, le concept, de cet album ?

Steve : Je ne sais pas vraiment. Cela fait un moment que j’y pense et que j’y travaille. Probablement depuis 5 ans, depuis l’album précédent (ndlr : Sounds That Can’t Be Made, 2012)  . Mais les paroles que j’avais ne correspondaient pas cet album. J’écris lorsque le groupe joue donc les mots qui me viennent sont ceux qui naissent sur le moment. Je les réutilise plus tard. Cette fois-ci ça fonctionnait bien. On a pas vraiment dessiné cet album, on l’a laissé grandir pour devenir ce qu’il est. Je pense que j’ai perdu la foi en l’Angleterre lorsque Tony Blair et Bush ont pris une décision commune à propos de la guerre en Irak. Ils ont causé la mort de femmes et d’enfants. Après ça, je ne voulais plus être anglais. J’ai perdu ma confiance dans les journaux, la BBC.. et toutes ces institutions qui ne se sont jamais mobilisées contre tout ce qui se passait. Et bien sûr, maintenant, Tony Blair se porte bien et il fabuleusement millionnaire. On aurait du protester et dire quelque chose. Nous avons fait 17 albums et Marillion va en sortir un dix-huitième. Nous pensons tous les 5 que nous ne ferons surement plus beaucoup d’album par la suite car nous sommes âgés. Nous voulions donc dire des choses très importantes dans celui-ci. C’est ce qui nous a rendu plus fort. C’est vraiment un album de protestation.

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Rock Metal Mag : Vous abordez de nombreux thèmes dans cet album (politique, économique etc) qui sont liés à des événements difficiles. Y a t-il un titre en particulier qui a été émotionnellement plus difficile à écrire ?

Steve : « White Paper » était probablement le plus difficile même si le morceau est plus court. C’est une sorte de débat avec les différentes personnes que j’essaie d’être en vieillissant, une lutte pour les réunir afin de ne former qu’un seul et même individu. C’est difficile de trouver les mots pour exprimer cela. Je pense qu’aujourd’hui, je n’ai pas vraiment réussi. C’est très abstrait, d’une certaine manière. Une chose abstraite vient d’un sentiment donc c’est plus difficile à retranscrire. Il y a le fait de vieillir , de vouloir se stabiliser dans la vie de tous les jours, de vivre passionnément l’instant présent, de ne plus être au centre de la scène et d’accepter de prendre du recul par rapport à ça. C’est une lutte avec son propre alter Ego. Cela a perturbé beaucoup de nuits où j’ai peu dormi.

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Rock Metal Mag : Comment avez-vous géré les tensions qui ont pu arriver pendant l’enregistrement ?

Steve : Je pense que nous nous avons fait beaucoup de progrès par rapport à tout ça ! Nous avons tous grandi et nous avons fait beaucoup d’albums ensemble. Ce n’est jamais facile car il y a toujours une certaine tension qui plane. Tu dois dire quand tu n’aimes pas telle ou telle idée et nous ne réagissons pas tous de la même façon face à ça. Soit tu décides de défendre tes idées soit tu t’en fiches. Il y a donc beaucoup de conflits potentiels durant le processus créatif. Nous ne sommes plus trop mauvais dans cet exercice, à présent . Ma femme m’a beaucoup appris. Il y a une manière de dire les choses à quelqu’un. Tout devient tellement plus simple avec un sourire et quelques compliments. Et nous avons réussi à créer une véritable complicité entre nous.

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Rock Metal Mag : Comment t’es tu retrouvé dans la musique, plus particulièrement dans la musique progressive ?

Steve :Et bien quand j’ai rejoint Marillion en fait ! Je n’étais pas vraiment un artiste de prog avant ça. J’étais dans un groupe appelé “The Europeans” et c’était du post punk. Mais si tu écoutes le deuxième album de ce groupe ( ndlr : Recurring Dreams’ 1984), tu verras qu’on est pas si loin de ce que je fais maintenant. Quand on m’a proposé de rejoindre Marillion, c’était un choix assez étonnant pour moi.

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Rock Metal Mag : Il y a des gens qui sont assez fermés à la musique prog. Que leur dirais tu pour les convaincre d’en écouter ?

Steve : Tous les styles de musique sont intéressants. Je pense que si tu n’aimes pas un genre en particulier, c’est parce que tu n’as pas écouté les bons artistes. Pour moi, la musique à besoin d’avoir une âme et la musique progressive en a beaucoup. Ça doit toucher ta sensibilité. C’est ce qui est superbe avec le prog.

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Rock Metal Mag : As-tu un projet solo ?

Steve : Oui j’ai deux genres de projet solo… 3 en fait ! Occasionellement, je fais des concerts où je suis seul au piano. (ndlr : Steve Hogarth : House). D’ailleurs je vais à Copenhague samedi pour y donner un concert en solo. Ensuite, j’ai un autre projet où je réuni un groupe pour faire un album. Ça s’appelle « Steve Rothery Band » . Ça fait très longtemps que je n’avais pas fait cela. L’album devrait sortir prochainement mais je ne sais pas très bien quand.

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Rock Metal Mag : Qu’est ce qui va suivre pour le groupe en dehors des tournées ?

Steve : Il n’y a rien de prévu en dehors des tournées. Pas de DVD ou de nouveau CD en vu pour le moment ! Nous nous consacrons aux tournée en Europe et aux Etats-Unis.

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Rock Metal Mag : Votre concert à Paris, le 10 décembre, est déjà complet !

Steve : Oh c’est complet ? Fantastique ! Oui je suis très excité et impatient. J’ai vécu les moments les plus émouvants de ma vie dans cette ville. Le foule parisienne est toujours incroyable. C’est super de revenir à L’Elysée Montmartre. J’ai vu des photos et c’est devenu très beau maintenant ! J’aimerais beaucoup rejouer au Bataclan. Nous en avons parlé à des fans français et les sentiments à propos de ça étaient partagés. Pour beaucoup, cela va être difficile de revenir dans cette salle. Nous respectons totalement ça. Mais en tant qu’Anglais, notre « fair play » nous à tout de suite incité à vouloir y revenir.

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Rock Metal Mag remercie Steve Hogarth pour cet entretien et Roger de Replica Promotion qui nous a permis de réaliser cette interview