Live report de Till Lindemann à l’Adidas Arena le 20 novembre 2025
Till Lindemann
Adidas Arena, 20 novembre 2025
Remerciements à handwerker promotion e. gmbh pour l’accréditation
Texte et photos par Martine Varago
Line-up de Till Lindemann sur ce concert :
Guitaristes : Jes Paige et Emily Ruvidich
Bassiste : Danny Lohner
Clavier : Constance
Batterie : Joe Letz
Brynn Route : keyboard + contorsion / danse sur la scène.
https://www.facebook.com/tilllindemann
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Un rideau géant blanc couvert d’énormes lettres typographiques masque la scène de l’Adidas Arena. Le public s’interroge : quelle mise en scène Till Lindemann a-t-il encore imaginée ?
20h45. Le rideau tombe d’un bloc, comme un « I » coupé net, révélant Till Lindemann, crête argentée dressée vers le ciel, rappelant ses premiers jours punk avec First Arsch. Le concert s’ouvre sur l’intro « Meine Welt ». Dès le premier moreau « Fat », l’orgie visuelle se déroule derrière le groupe. Visuels noir et blanc dans un décor volontairement austère, les images projetées sont suggestives et provocatrices.
Deux femmes, habillées en nonnes rembourrées, prennent place sur les barres de pole dance de chaque côté de la scène. Sur « Und die Engel singen », les danseuses montent lentement sur des plateformes qui les élèvent dans les airs, tandis que les écrans diffusent des motifs géométriques rappelant un art abstrait hypnotique.
Les deux guitaristes Jes Paige, Emily Ruvidich alternent leur instrument passant de la six cordes au clavier tandis que la bassiste Danny Lohner et le batteur Joe Letz, entièrement vêtus de noir, imposent une rythmique lourde et mécanique. Le quatrième titre, « Schweiß », plonge l’arène dans une ambiance électro où serpents et néons saturés défilent. Les danseuses réapparaissent en maillots de bain en cuir noir, casquettes assorties, accentuant encore le climat SM très maîtrisé du show.
Le public reste attentif car le spectacle est hautement placé sur les visuels et les danseuses.
Till, parfois, laisse volontairement tomber son micro au sol, un geste presque théâtral, renforçant la pesanteur de sa voix gutturale. Les visuels évoquent autant Lovecraft, Hitchcock que le cinéma d’horreur des années 70/80 – un univers où l’art vidéo devient aussi important que la musique.
Après 45 minutes de spectacle, les musiciens s’amusent à arroser le public au champagne, dans une ambiance de fête décadente assumée sur le titre «Allesfresser». Certaines séquences sont encore plus provocatrices : on voit par exemple des femmes vomir sur la tête d’un vieil homme – un passage que les fans interprètent tantôt comme une satire, tantôt comme un fantasme cinématographique typiquement lindemannien. S’ensuit le morceau « Prostitution », dont les paroles mettent en valeur les prostituées, présentées comme indispensables selon Till.
L’Adidas Arena est quasiment pleine. Depuis la sortie de son premier album solo Zunge (3 novembre 2023), Till Lindemann s’est imposé comme figure incontournable de la scène industrielle allemande, malgré les polémiques autour de sa vie privée. Il reste néanmoins classé parmi les « 50 plus grands frontmen metal de tous les temps » selon Roadrunner Records.
Le show est un mélange de concert, performance artistique, provocation sexuelle, souvent dans une esthétique BDSM (Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Sadomasochisme), parfois trash, toujours étudiée. La setlist mélange des titres de Zunge, comme « Schweiß », « Altes Fleisch », « Ich hasse Kinder », et des classiques issus de sa collaboration avec Peter Tägtgren dans Lindemann, tels « Praise Abort », « Knebel » ou « Golden Shower » – dont le riff est l’un des plus marquants de la soirée.
Till Lindemann reste principalement concentré sur la performance visuelle. L’interaction directe avec l’audience est inexistante ou presque, mais la puissance des riffs de Jes Paige, la basse de Danny Lohner et l’énergie martelante de la batterie de Joe Letz maintiennent une intensité constante. Quelques critiques de spectateurs mentionnent un mix parfois déséquilibré avec le clavier de Constance jugé presque inaudible sur plusieurs passages, ce qui perturbe par moments l’ensemble sonore.
En fin de concert, Till Lindemann sort durant le titre bien approprié « Fish On» plusieurs poissons morts, surgis on ne sait d’où. Il en saisit un par la bouche, l’écrase contre son visage : un rituel désormais connu de ses concerts solo.
Sans pyrotechnie ni effets géants, ce show reste pourtant spectaculaire, théâtral, visuellement extrême, et absolument inoubliable. Il mêle talents artistiques, théâtralité et moments inoubliables sans effet pyrotechnique ou d’effets gigantesques. Till Lindemann est à la croisée du metal indus et du punk provocateur.
Setlist
Meine Welt (intro)
Fat
Und die Engel singen
Schweiss
Altes Fleisch
Golden Shower
Sport frei
Tanzlehrerin
Blut
Allesfresser
Prostitution
Praise Abort
Platz Eins
Du hast kein Herz
Skills in Pills
Übers Meer
Knebel
Fish On
Ich hasse Kinder


















