POP EVIL: Entretien avec le chanteur LEIGH KAKATY

POP EVIL: Entretien avec le chanteur LEIGH KAKATY

Entretien avec Leigh Kakaty, chanteur de Pop Evil, à l’occasion de la sortie de leur sixième album “Versatile”, le 21 mai 2021. Par Gaëlle.

Pop Evil revient plus fort que jamais avec “Versatile”, sorti le 21 mai 2021. Un album qui, comme son nom l’indique, surfe sur plusieurs vagues en passant, par le rock, le heavy metal, l’electro, et le hip hop. Le résultat est détonnant et montre que Pop Evil n’a pas fini de nous surprendre.

Formé en 2001 aux Etats-Unis, le quintet se compose de Dave Grahs et Nick Fuelling aux guitares, Matt DiRito à la basse, Hayley Cramer aux fûts et Leigh Kakaty au chant.

Rock Metal Mag a pu s’entretenir avec le chanteur. L’occasion d’aborder le message véhiculé par l’album, la façon dont le groupe s’est acclimaté à la crise en cassant les préjugés, mais aussi l’avenir des concerts.

Pop Evil - Photo de DEAN BRADSHAW

Leigh Kakaty par DEAN BRADSHAW

Rock Metal Mag : Juste avant que le monde ne se mette sur pause, tu avais déclaré être physiquement et mentalement épuisé par les tournées. Cette pause était donc nécessaire. Comment te sens-tu désormais ?

Leigh Kakaty : Oui nous en avions tous besoin ! Nous avons effectué environ 200 concerts dans une seule année. Le plan initial consistait à ne prendre qu’un mois de repos. Parfois, nous avons seulement 10 jours grand maximum pour recharger les batteries. Là, le Covid s’est pointé ! Nous avons clairement pu nous reposer. Cela fait du bien et ça va mieux désormais.

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Rock Metal Mag: Tu as aussi dit que “Versatile” est l’album le plus fort de Pop Evil à ce jour. Qu’est-ce qui le rend plus puissant selon toi ?

Leigh Kakaty : Des tonnes de choses différentes. En dehors de la scène, nous vieillissons et nous devenons plus sages. C’est le fil de la vie. Musicalement, nous avons écouté les fans qui souhaitaient entendre quelque chose de plus brut, quelque chose qui retranscrirait l’énergie que nous déversons en live. On voulait garder toutes les sonorités qui se perdent souvent dans les démos, à force des les retravailler. Il n’y a rien d’excitant à retravailler des morceaux déjà prêts parce qu’ils ne plaisent pas à un producteur.

Ici, nous voulions conserver chaque aspect du processus d’enregistrement. Cet album capture une réelle énergie brute. Les prises de voix qui ont été utilisées sont les premiers jets. Cela amène un côté plus naturel que lorsque tu dois refaire plein de prises d’affilées. Nous avions davantage de temps pour nous amuser avec les tonalités des guitares et avec les sons de batterie. Avec l’arrivée du virus et ses conséquences, nous avons eu plus de temps pour mixer les chansons, mais aussi pour les façonner, afin qu’elles sonnent comme en live. Chaque morceau a été travaillé en imaginant le rendu sur scène. Nous avons imaginé les choses différemment car nous possédions beaucoup plus de temps pour penser aux détails. Ce n’était pas le cas dans le passé. Tout ceci mis bout à bout, c’est ce qui rend cet album plus puissant.

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Rock Metal Mag : Etiez-vous en mesure de vous retrouver ensemble pour bosser sur l’album ?

Leigh Kakaty : Non, nous avons dû nous adapter et faire les choses différemment. On ne voulait pas gâcher de l’argent en étant dans un studio. Je n’aime pas les studios, car tu as toujours l’impression que le temps est compté. Chaque mouvement que tu fais te coutes de l’argent et cela freine la créativité naturelle. Nous avions les démos déjà prêtes, donc nous nous les sommes envoyés. Ce qui est cool avec le processus d’écriture actuel, c’est que de nos jours, tu peux le faire par e-mail ou par visioconférence.

C’était une bonne opportunité pour que chaque membre du groupe puisse profiter de sa famille, plutôt que d’être assis dans un coin en studio. Nous étions davantage libres. Cela nous a aidé à nous préparer pour le cycle assez long de cet album. Nous sommes une équipe. Cette fois-ci, nous avons juste voulu faire les choses d’une autre manière et c’était vraiment cool. Nous n’avons pas gâché d’argent en studio et surtout, nous n’avions pas la pression de composer tel truc pour tel moment. On a pu travailler tranquillement les démos et les terminer fin 2019 juste avant le début de la pandémie.

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RMM : Le monde de la musique a plus que jamais besoin de soutien. Les autres membres de Pop Evil ont même dû trouver du boulot pendant la pandémie, malgré vos nombreux tubes et les millions de streams.

Leigh : Oui, je pense que les gens ne comprennent pas toujours le long chemin à parcourir pour un musicien. Ce n’est pas parce que nous faisons du rock ou de la pop que nous devenons des rockstars. Ce n’est pas comme ça que cela fonctionne. Il y a une image préconçue. Nous avons bossé pour en être là où nous en sommes aujourd’hui, et c’est toujours le cas. Les rockstars des temps modernes, ou appelez cela comme vous le voulez, n’existent plus vraiment. Nous travaillons le week-end. Si tu veux survivre ici aux Etats-Unis dans le monde de la musique, tu dois donner de ta personne sept jours sur sept. Il faut le vivre. Il n’y a pas de plan B.

Nous vivons principalement dans un tour bus parce que nous avons 200 concerts par an. C’est presque notre maison. D’ailleurs, certains musiciens n’ont pas vraiment de maison ! Pourquoi payer un loyer pour un logement où tu ne vivras que deux mois dans l’année ? Cela n’a pas de sens. Les gens ne comprennent pas toujours cet aspect de notre vie. Nous, tout ce que nous connaissons, c’est la route et les tournées.

Même si nous avons des millions de streams, tout ce que nous souhaitons, c’est jouer. Nous faisons cela parce que c’est ce que nous aimons. Quand la pandémie a démarré, on nous a dit que ça ne durerait que quelques mois, mais il arrive un moment où nous devons aussi payer des factures. Certains se sont donc mis à travailler avec leur famille. C’était aussi pour tuer le temps. Les besoins varient pour chaque groupe et nous avons tous des responsabilités différentes. Nous restons très personnels vis à vis de nos vies privées respectives, même au sein du groupe. En ce qui me concerne, j’ai bosser avec des amis sur des maisons. Je n’avais pas le temps avant, alors que je voulais le faire depuis longtemps.

En tant que musicien, on ne peut pas faire un job normal. Il nous faut un travail que nous pouvons facilement quitter. Quand tu es dans un groupe, personne ne veut t’embaucher ! Qu’est ce que tu peux faire ? Imagine le truc «Hey tu peux m’embaucher pendant seulement 2 mois où je ne travaillerais ni les mercredis, ni les vendredis ? Je dois partir quand la tournée démarre !». Donc en général, on se retrouve à faire des petits boulots en peu inhabituels. Là, il fallait vivre pendant une pandémie. Nous devions en quelque sorte devenir adulte ! Surtout que l’on ne sait pas combien de temps cela va vraiment durer, 2 ans, 4 ans ? Dans ce contexte là, il est clair que nous devions trouver de vrais boulots, en attendant de voir ce qui va arriver.

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RMM : Justement, qu’as-tu appris de cette situation ? Qu’est-ce qui en ressort ?

Leigh : Je dirais qu’il en ressort quelque chose de positif ! La crise que nous traversons nous rappelle ce qui est vraiment important pour nous. Je parle seulement pour moi, mais parfois, nous prenons notre famille pour acquise tout en poursuivant notre rêve de gloire musicale. En fait, il ne faut rien prendre pour acquis, pas même sa propre famille.

Tu dois constamment faire grandir ce rêve que tu as en toi, en l’occurrence ici, il s’agit du rock’n’roll. Mais comme on l’a évoqué, dans la réalité il n’y a pas de paillettes. Cela n’a rien de glamour. Oui, il y a des moments de succès incroyables, mais ce n’est pas grand chose. A côté de cela, il y a toujours des milliers de personnes dans le monde qui ne connaissent pas encore Pop Evil. Il y a encore et toujours beaucoup de travail à faire. Plus particulièrement en Europe.

Cela nous a pris beaucoup de temps pour démarrer en Europe. Dans ces moments là, tu apprécies les choses simples, et chaque petites marches que tu gravis. Ce n’est pas évident à vivre quand ce qui te fait du bien mentalement t’est retiré du jour au lendemain. Pop Evil est un des tout premiers groupes à avoir annulé les tournées et nous serons peut-être un des derniers à revenir. Mentalement, nous étions dévastés de devoir annuler !

Mais en même temps, tu peux te remettre à faire des choses normales, ou à faire ce que tu avais mis de côté. Nous devions trouver comment occuper notre temps libre. Cette pandémie nous a permis à tous de prendre du recul afin de nous souvenir des choses qui comptent vraiment pour nous. Maintenant, notre nouvel album arrive dans quelques semaines et on est reconnaissant ! On y va étape par étape. Nous espérons sincèrement reprendre les concerts cet été. En attendant, tout ce que nous pouvons faire, c’est rester positif !

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RMM : Par rapport à l’album, j’ai le sentiment que les chansons sont un peu liées les unes aux autres et que le message global pourrait être “ne sois pas esclave de la société, prend le temps de vivre, aide tes prochains et tu ne pourras que devenir plus fort”.

Leigh : Absolument ! Nous voulons toujours répandre un message positif. J’ai été au plus bas pendant des années lorsque j’étais un gosse. Mes parents étaient professeurs et ils ne pouvaient pas m’aider. Qu’est ce qu’il me restait ? La musique, la musique et encore la musique. C’est grâce à elle si j’en suis là aujourd’hui. Beaucoup de gens peuvent se retrouver dans ce que je dis. Je pense qu’il en est de notre responsabilité de faire passer un message positif à travers la musique. Aucune des chansons de l’album n’a été écrite avant la pandémie. J’aime le préciser parce que je trouve que c’est une histoire géniale.

Les gens me demandent souvent à quoi je pensais lorsque j’ai écrit ces paroles. En fait, je ne m’en souviens même pas, dans la mesure ou ce virus a été dévastateur pour moi de diverses façons. Il l’a aussi été pour les gens autour de moi et évidemment pour le monde entier. Je pense que les chansons ont un sens différents pour moi maintenant que j’ai avancé dans la vie. Il en ressort bien plus de positivité qu’au départ.

Nous voulons tous retrouver notre vie normale et retrouver ce que nous avions avant cette pandémie. Avec Pop Evil, nous utilisons donc nos instruments comme des outils qui permettraient de répandes des bonnes ondes ! Nous voulons ainsi que les gens retrouvent cet état d’esprit et qu’il le partage entre eux. Voir des personnes sourire à nouveau, lever le poing en l’air et chanter ensemble, c’est important pour la guérison du groupe et pour la mienne.

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RMM : Sur la pochette de l’album nous pouvons voir un crâne, une plante carnivore et une pieuvre. Qui a créé cette pochette et quelle est l’idée ?

Leigh : C’est un artiste incroyable qui vient du Brésil. Il se nomme Pedro Correa. Si tu pouvais regarder dans la tête de chaque membre du groupe, tu verrais beaucoup de chaos ! On nous demande souvent ce que l’on écoute et les gens sont surpris par nos réponses, car notre playlist est très éclectique. Il y a plein de genres différents qui se mélangent. Certains morceaux nourrissent nos humeurs ou ce nous traversons.

Pedro a brillamment réussi à illustrer toutes nos facettes chaotiques. Il en ressort un chaos contrôlé et agréable à regarder. Il y a toutes ces images qui se mêlent et ces couleurs sombres. C’est comme voir la lumière au bout du tunnel. Cette idée résume bien l’esprit positif de cet album. Tu ne t’attends pas à cela lorsque tu vois la pochette. Nous voulons en réalité extirper les auditeurs des ténèbres et les ramener du bon côté. C’est en écrivant les chansons que nous avons pensé à cette image là.

Il y a toujours eu ce ying et ce yang dans la musique de Pop Evil. Notre album “Onyx”, sorti en 2013, était très sombre musicalement. Il sonnait très heavy. Je venais de perde mon père et je traversais donc une période difficile. Avec “Versatile“, j’ai voulu sortir de cette noirceur. Le reste du groupe m’a toujours soutenu. J’ai toujours pu exprimer librement ce que je voulais dire et partager mon voyage. C’est ce que je fais à nouveau avec ce nouvel opus, au lieu de crier au sommet d’une montagne ! Ici, j’amène les fans avec moi, mais vers quelque chose de lumineux et de positif.

pochette Versatile de Pop Evil

Pochette de Versatile

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RMM : Après ce que nous sommes en train de vivre, vas-tu changer ta façon de te préparer pour une tournée ?

Leigh : C’est une très bonne question ! Je ne connais pas encore la réponse, mais je suis moi-même curieux de le savoir ! Qu’est ce qui va changer ? Aurons-nous besoin d’un pass sanitaire pour pouvoir jouer ? Devrons nous désinfecter le tour bus tous les soirs ? Mon dieu, comment veux tu faire cela dans un tour bus blindé de personnes ?! Je suis impatient de retourner en tournée et de voir comment les concerts vont se dérouler, et comment nous allons surmonter cela. C’est dur de vivre dans un tour bus pendant plusieurs mois, surtout quand tu le partages avec 10 ou 12 personnes. Il ne sera pas évident de faire tous ces trucs imposés pour contrer le Covid. Il faudra surement avoir constamment un pass sur soi. Nous verrons ! Mais c’est intéressant de poser la question.

D’un point de vue plus personnel, c’était agréable de pouvoir reposer mes cordes vocales pendant un certain temps. C’était peut-être la première fois depuis mes 14 ans que je n’avais pas à chanter constamment. J’ai complétement reposé mes cordes vocales. Je ne chantais même pas dans la voiture quand on me le demandait ! Maintenant il va falloir s’y remettre. Ce que je n’ai jamais arrêté de faire par contre, c’est écrire. Je suis un écrivain avant d’être un showman. J’écris constamment. Il y a déjà de nouvelles chansons qui sont prêtes. En attendant, je suis impatient de pouvoir interpréter les morceaux de “Versatile” en face d’un public.

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RMM : Oui je n’en doute pas ! Evidemment, nous espérons revoir Pop Evil prochainement en France.

Leigh : Moi aussi j’espère revenir ici. Il vaut mieux tard que jamais! Pour l’instant, ce n’est pas évident avec les restrictions liées aux voyages. Nous visons début 2022, ou au plus tard pendant la prochaine période des festivals. L’année 2022 va être phénoménale ! Et si nous pouvons venir plus tôt, nous n’en serons que plus contents. Le nombre de fans en Europe ne cesse de s’accroitre et nous vous voyons tous. Nous sommes extrêmement reconnaissants pour tout votre soutien. Beaucoup de concerts restent à venir et nous sommes pressés de retrouver nos fans.

Merci à Leigh Kakaty et à Replica Promotion

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Membres du groupe
Vocals: Leigh Kakaty
Guitar: Davey Grahs
Guitar: Nick Fuelling
Bass: Matt DiRito
Drums: Hayley Cramer

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