Entretien avec Yan Le Baraillec à propos du Motocultor 2026
Interview de Yann Le Baraillec, directeur du festival Motocultor
Par Martine Varago
J – 60
Alors que la XVIIIe édition du Motocultor approche, la devise de son fondateur, Yann Le Baraillec, reste claire : « Un festival à taille humaine, avec un modèle économique viable. »
Le Motocultor n’a plus grand-chose d’un petit rendez-vous local. Né en 2007 dans le Morbihan, le festival s’est imposé en moins de deux décennies comme un poids lourd de la scène metal européenne, capable d’attirer à la fois un public fidèle et des têtes d’affiche internationales.
Pour son fondateur Yann Le Baraillec, cette montée en puissance repose sur des choix clairs : un passage à quatre jours dès 2019 et une programmation élargie, ouverte au metalcore et au rock. Une stratégie assumée, qui élargit le public sans diluer l’identité du festival, toujours ancrée dans le metal extrême. Mais cette croissance a un prix. Le budget flirte désormais avec les 4 millions d’euros, porté par l’explosion des cachets artistiques. Face à des aides publiques en recul, l’équation est simple : pour survivre, le festival doit s’adapter, quitte à revoir ses tarifs à la hausse.
Côté scène, l’édition 2026 frappe fort avec des noms comme Judas Priest, Airbourne, Primus, Within Temptation, Mass Hysteria, Godsmack et Slaughter To Prevail. Quatre jours, quatre scènes, plus de 110 groupes : le Motocultor avance sans complexe, entre montée en gamme et fidélité à son ADN.

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Rock Metal Mag : Le Motocultor 2024 a battu un record de fréquentation, mais s’est soldée par un déficit. Comment expliquer ce décalage entre succès public et réalité économique ? Comment s’est soldée l’édition 2025 ?
Yann Le Baraillec : Mêmes conséquences en 2025 : un déficit malgré des records de fréquentation. Les coûts explosent, et on augmente les recettes. Au niveau billetterie, on a augmenté le prix du billet de 15 euros entre 2024 et 2025. Et le prix du passe 4-jours augmente d’une vingtaine d’euros cette année. On va battre le record de fréquentation aussi : plus 10 pour cent. On devrait être légèrement bénéficiaire. Mais ce n’est pas le bon modèle économique.
Il faut rattraper les trois années déficitaires précédentes. On a renforcé l’équipe sur certains postes. On cherche comment augmenter les recettes tout en réduisant les dépenses. On essaie de tout réadapter, du cachet des artistes aux coûts de la logistique. On continue notre projet car ce qui nous motive le plus, c’est que l’on bat notre record de fréquentation. Notre site est parfaitement adapté à ce type de festival. Maintenant, il faut que l’on retrouve un modèle économique viable. Un levier serait de développer du merchandising tout au long de l’année.
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Rock Metal Mag : Des subventions pourraient être les bienvenues ?
Yann Le Baraillec : Des subventions, on en a perdues. Ce qui n’aide pas la situation. Le département du Finistère continue d’aider mais la région Bretagne ne finance plus. La commune de Carhaix n’a pas les mêmes moyens que l’agglomération précédente. Plus tu as d’aides locales, plus tu as d’aides nationales. On va développer les partenariats privés. On va essayer de mieux communique.
L’idéal serait de réaliser plus 15 à 20 pour cent de vente de billets. Les journées des jeudi et vendredi sont un peu en deçà des deux autres jours. La journée du samedi devrait être autour de 17 000 entrées. On serait content de faire quatre fois dix-sept mille. Autrement dit, la forte hausse des coûts, accompagnée d’une baisse des subventions nous a mis déficitaire.
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Rock Metal Mag : Quelles sont les principales orientations artistiques et stratégiques de l’édition 2026 du Motocultor ? Tu viens tout juste d’annoncer que tu serais content de faire quatre jours à 17 000 entrées. En outre, le choix du groupe Slaughter To Prevail a été un sujet controversé dans certains medias.
Yann Le Baraillec : J’ai juste vu un média reprendre deux liens de deux autres articles. Je n’ai rien à ajouter à ce sujet. On va continuer de communiquer car le vendredi, Mass Hysteria joue. C’est un groupe qui a l’habitude de jouer dans des festivals généralistes. Peut-être qu’à la dernière minute, le nombre d’entrées va augmenter…
Dans la famille metal France, c’est une première au Motocultor et on est très contents de les faire venir. D’autre part, le jeudi est une journée moins chargée initialement mais avec l’ajout de Primus, de Godsmack et de Kittie, ça peut évoluer. Il y a des artistes bretons qui jouent aussi ce jour-là : Celtik, Brieg Guerveno. On a une belle affiche de musique traditionnelle bretonne et cela peut faire venir des gens du Finistère.
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Rock Metal Mag : Quelles sont les nouveautés de cette XVIIIe édition pour le public ?
Yann Le Baraillec : Sur les scènes principales, les gens étaient un peu serrés l’an dernier. On va aérer et rajouter un bar dans ce coin-là. On va donc éloigner le camping par rapport aux scènes. Il y a un terrain que l’on rajoute cette année et que l’on va pouvoir aménager. On va permettre aux personnes qui le souhaitent de venir avec des tonnelles et des chaises. On veut conserver un festival à taille humaine sans avoir trop à marcher entre le camping et le site concert.
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Rock Metal Mag : L’an dernier, on a mesuré nos pas et on faisait dix kilomètres par jour ! Est-ce que le site va s’agrandir ?
Yann Le Baraillec : Non, le site ne va pas s’agrandir. Les deux scènes principales seront au même endroit et les deux scènes sous chapiteau seront opérationnelles car l’an dernier, l’une ne l’était pas. L’entrée sera plus au centre. La zone restauration sera plus accessible également. Cette année, on accueille Judas Priest avec plusieurs camions. On utilisera la zone logistique en dur, c’est plus confortable pour la logistique.
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Rock Metal Mag : Certains groupes très attendus ne figurent pas à l’affiche cette année, comme Lamb of God, pourtant présents sur d’autres festivals européens comme l’Alcatraz Metal Festival. Comment s’expliquent ces arbitrages ?
Yann Le Baraillec : C’était dans nos priorités et ce groupe est complètement dans l’ADN du festival mais au niveau routing cela n’a pas fonctionné. Le fait qu’il y ait des festivals en concurrence peut nous aider ou cela peut aussi nous desservir.
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Rock Metal Mag : Le contexte international, notamment concernant les États-Unis, complique-t-il aujourd’hui la venue de groupes américains ?
Yann Le Baraillec : Avec la hausse des coûts de l’énergie, cela devient plus compliqué. Heureusement, pour cette année il n’y a pas de répercussion. Pour 2027, des conséquences pourraient être plus drastiques mais on espère que la situation va s’améliorer. On paiera la facture des surcoûts l’année prochaine en 2027.
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Rock Metal Mag : Quel serait le principal défi des festivals metal dans les prochaines années ?
Yann Le Baraillec : C’est surtout les coûts, c’est vraiment dur. L’âge médian augmente dans la plupart des festivals metal et le renouvellement des générations ne se fait pas assez vite. Ça, c’est un défi pour l’avenir. Pour les motoculteurs, on est passé de l’âge médian de 29 ans en 2017 à 36 ans en 2025. Il faut trouver des groupes que les jeunes veulent écouter. C’est le renouvellement des groupes qui amènera le renouvellement du public.
Rock Metal Mag remercie Yann Le Baraillec et le Dr Feelgood
https://www.facebook.com/MOTOCULTOR.FESTIVAL.OpenAir
Site internet : ICI












