Interview: TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN

Interview: TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN

Tyler Bryant And The Shakedown: Originaire du Texas, Tyler Bryant gratte une guitare depuis l’âge de 6 ans ! Il forme son premier groupe à 15 ans et ne tarde pas à être repéré par Eric Clapton himself qui l’invite à Chicago pour participer l’édition 2007 du festival Crossroads. Deux ans plus tard Tyler migre

Tyler Bryant And The Shakedown:
Originaire du Texas, Tyler Bryant gratte une guitare depuis l’âge de 6 ans ! Il forme son premier groupe à 15 ans et ne tarde pas à être repéré par Eric Clapton himself qui l’invite à Chicago pour participer l’édition 2007 du festival Crossroads.
Deux ans plus tard Tyler migre vers Nashville où il forme Tyler Bryant & The Shakedown avec, entre autre, Graham Whitford, le fils du guitariste d’Aerosmith. Dés lors le groupe tourne en première partie de Jeff Beck, Aerosmith, Lynyrd Skynyrd, Joe Bonamassa, B.B. King, et réalise plusieurs EP, puis un premier album paru en 2013. Incarnant cette nouvelle génération de groupes blues rock qui puisent leurs influences aussi bien dans les classiques du genre que dans la vague grunge des 90’s, Tyler Bryant & The Shakedown représente sans aucun doute l’avenir du rock US.

Entretien avec le guitariste Graham Whitford le 4 mai dernier:

Rock Metal Mag: Vous voilà enfin en Europe pour la première fois ! Comment ça va ?
Graham Whitford: Ça va très bien. Oui on est très heureux d’être là et on attendait ça depuis longtemps, c’est super. Désolé je suis un peu dans les vapes avec le décalage horaire et le long trajet jusqu’ici. On arrive de Londres en fait.

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Rock Metal Mag: Vous avez enregistré votre premier album “Wild Child” (sorti en 2013) deux fois, c’est bien ça ?
Graham Whitford: Oui en effet. Je dirais même deux fois et demie ! La première fois, on a essayé de l’enregistrer à Oxford dans le Mississippi. On y a passé deux mois mais quand on a eu fini, on s’est rendu compte que ça ne donnait pas ce qu’on espérait. Ça nous a beaucoup découragé parce que ça nous avait pris tellement de temps… On est rentré à Nashville et on a été au studio “BlackBird” pour travailler avec Andy Johns. Il a travaillé sur les tous premiers albums de Led Zeppelin et beaucoup d’autres groupes comme ça. Il était assez vieux quand on a été vers lui et il est mort peu de temps après (ndlr: 7 avril 2013). Je crois bien qu’on est le dernier groupe avec qui il a travaillé. On a essayé de faire 3 chansons avec lui et mais ça ne sonnait toujours pas comme on le voulait. Et puis on a fini par travailler avec Vance Powell qui a aussi fait notre EP “The Wayside”. Donc l’enregistrement de “Wild Child” a vraiment pris, beaucoup, beaucoup de temps ! De plus, pendant ce processus, on avait un autre bassiste nommé Calvin Webster. Il est parti après le premier enregistrement de l’album. On a donc dû auditionner un nouveau bassiste. On a eu environ 27 participants et Noah Denney était le 26ème à auditionner !

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Rock Metal Mag: Et cette fois-ci, comment s’est passé l’enregistrement du nouvel EP “The Wayside” ?
Graham Whitford: C’était génial et vraiment excitant. Je pense que c’était la première fois que chaque membre des Shakedown apportait individuellement quelque chose sur les différents morceaux. Nous avons vraiment composé les morceaux tous ensemble. Par exemple pour “Wild Child”, beaucoup de chansons ont été écrites par Tyler et quelques copains à Nashville, donc ce n’était pas vraiment un projet de groupe, tandis que “The Wayside” nous a réellement rassemblé en tant que groupe pour écrire les chansons ensemble. Ça nous a permis de développer un son bien plus unique. C’était super parce qu’on a enregistré l’EP entièrement en live. Nous étions tous dans une pièce avec les amplis et la batterie au même endroit pour capturer un vrai son live.

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RMM: Comment composez-vous vos morceaux ?
Graham: Je pense que c’est différent à chaque fois. Parfois ça sera d’abord un riff qui inspirera une mélodie puis des paroles. Pour le titre “The Wayside”, j’avais juste des paroles en tête. A la base, je trouvais l’idée d’écrire une chanson contenant le mot “wayside” plutôt cool. Ça a plusieurs significations, notamment le sentiment d’abandon. Donc j’en ai parlé à Tyler “hé mec ça serait une bonne idée d’écrire une chanson à propos de ça”. Des fois, c’est juste une phrase qui va tous nous inspirer à jouer. C’est a peu près comme ça que ça se passe. Mais ça peut aussi être différent car il n’y a pas un seul et unique processus de création, en ce qui nous concerne. Ça vient de n’importe où, et quand tu as la chanson tu es là “wow ça n’existait pas il y a 5 minutes et nous voilà avec ça”. C’est très excitant car tu ne sais jamais ce qui va arriver.

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RMM: Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir élevé la barre avec “The Wayside” comparé à “Wild Child”, aussi bien musicalement qu’en terme de maturité ?
Graham: Je crois que oui. Je pense qu’on a monté une marche vers une nouvelle direction. Nous avons eu des jours de repos suite à l’annulation des concerts d’AC/DC aux Etats-Unis, et on a pris le temps d’écrire de nouveaux morceaux. C’est encore une nouvelle marche que l’on gravit sur l’échelle. A chaque fois ça nous permet de mieux définir notre son, de le rendre unique par rapport a ce qu’on avait sur “Wild Child”. C’est davantage notre propre musique si tu vois ce que je veux dire.

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RMM: D’ailleurs le morceau “The Wayside” semble assez différent de tout ce que vous avez fait auparavant ?!
Graham: The Wayside montre en quelque sorte la grande variété de nos influences. Quand je l’écoute, je peux entendre les influences de Tyler comme Tom Waits, il l’adore, nous adorons tous Tom Waits. Il y a une ambiance trouble que l’on retrouve dans la musique de Tom. C’est un son différent pour nous, mais c’est drôle car quand on a enregistré la démo de ce titre, Tyler y jouait du saxophone. Il a appris ça à l’école je crois. Donc il jouait du saxo sur le morceau, mais au départ c’était juste pour rire. Le morceau entier était un peu comme une blague. Quand on l’a enregistré, John Varvatos, qui officie dans notre label, a trouvé la chanson superbe. Il voulait la retravailler pour en faire quelque chose sur l’album. Ça reste différent de notre style mais elle est amusante à jouer.

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RMM: Avec l’environnement musical dans lequel tu as grandi, était-ce une évidence pour toi de gratter une guitare comme ton père (Brad Whitford, guitariste d’Aerosmith) ? N’as-tu pas eu envie de faire autre chose ?
Graham: C’est super de voir mon père faire ce qu’il fait et d’apprendre en même temps avec lui. En fait, j’ai d’abord commencé à jouer de la batterie. C’était mon tout premier instrument de musique. Quand j’avais 3 ans, mon père m’a acheté un petit kit de batterie et j’ai pensé que je deviendrais batteur. Et puis plus tard, j’ai déménagé à New York avec ma mère et je ne pouvais pas avoir de batterie dans l’appartement car ça faisait trop de buit. J’ai donc pris une guitare ! Depuis que je suis tout petit, la musique est tout ce que je connais. J’ai grandi avec. Je n’ai jamais pensé, comme les autres enfants, devenir pompier ou docteur car c’était toujours la musique, la musique et encore la musique. Je suis reconnaissant envers mon père car c’est grâce à lui que je fais ce que je fais maintenant. Un jour, j’ai pu jouer sur scène aux côtés de Brad avec Aerosmith et pour la première fois, à ce moment là, j’ai su que c’était vraiment ce que je voulais faire. Et c’est dingue car sur la tournée américaine avec AC/DC, nous avons joué dans beaucoup de salles où j’ai été avec mon père quand il jouait avec Aerosmith. C’était surréaliste de jouer à mon tour sur ces mêmes scènes quelques années plus tard.

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RMM: Il y a beaucoup de chansons que vous jouez exclusivement en live. Vont-elles figurer sur votre prochain album ?
Graham: Oui nous l’espérons ! Par exemple “Weak’n’Weepin'” fait partie des chansons que nous n’avons pas encore enregistré et ça devient déjà un classique de notre set, notamment sur la tournée avec AC/DC. On attend l’opportunité de se retrouver en studio pour enregistrer ce titre et beaucoup d’autres, afin d’avoir un album complet. A la base, on ne pensait pas sortir un EP mais c’est ce qu’a finalement décidé le label, donc on a dû faire des choix.

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RMM: Qu’aimes-tu le plus dans la musique ?
Graham: C’est un de mes plus grands amours dans la vie et en général. Le fait d’être en mesure de faire ce que j’aime le plus est un privilège et une bénédiction. Etre sur scène presque tous les soirs, c’est super. Il y a des gens qui font des choses qu’ils n’aiment malheureusement pas. La musique est un exutoire mais un exutoire créatif et j’adore ça. C’est très expressif. Si jamais je suis de mauvaise humeur ou contrarié par quelque chose, je peux prendre ma guitare ou aller au rez-de-chaussé m’occuper de ma batterie et je me sens déjà mieux.

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RMM: Comment décrirais-tu votre son et son évolution ?
Graham: Fort, très énergique, tapageur, agressif. Un peu de tout ça, tout en étant une musique honnête avec un sentiment d’authenticité. La forme en elle-même n’a pas trop changé.

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RMM: Vous ouvrez actuellement pour AC/DC ! Comment est-ce arrivé ?
Graham: On était en tournée avec Billy Gibbons (ZZ Top) fin 2015 et en janvier de cette année. On jouait en acoustique sur cette tournée, donc c’était une ambiance un peu plus intimiste pour nous. Mais la tournée était génial et ça c’est super bien passé. Puis après on était en Caroline du Sud, toujours avec Billy Gibbons, on se préparait à faire les balances quand Tyler a eu un appel téléphonique de notre manager. A ce moment là, on était tous autour de Tyler et on a vu son visage s’illuminer, il a dit «Est ce que vous êtes prêts à prendre un grand virage live… On va tourner avec AC/DC ! ». On était tous incrédules parce que c’était dingue, mais pourtant c’était bien réel. On n’en était pas tout à fait sûr mais ça allait arriver. On devait être jeudi et la première date avec AC/DC était le mardi d’après, donc on avait seulement 4 ou 5 jours pour se préparer alors qu’on avait encore au moins 7 concerts avec Billy Gibbons. On a finalement eu la confirmation que c’était bel et bien officiel avec AC/DC. Ils nous ont dit qu’ils nous prenaient pour trois concerts, comme un test pour voir si ça irait. Puis ils ont ajouté « si on vous aime, vous ferez probablement toute la tournée ». C’était assez stressant comme tu peux l’imaginer ! Après on a du dire à Billy qu’on devait se dérober des derniers shows, mais il a compris que c’était une opportunité qu’on ne pouvait pas rater. Juste après le premier concert avec AC/DC, sur les trois initialement prévus, on a appris qu’on ferait toute la tournée avec eux ! Puis vers le sixième concert, alors qu’on était en backstage, on a de nouveau eu un appel de notre manager qui nous a dit « Prêts pour une grande nouvelle ? » et nous on était là « mais qu’est ce qui pourrait être encore meilleur ?! » et il a ajouté « Les gars… vous allez en Europe avec AC/DC ! ». On allait faire la tournée mondiale, c’était en quelque sorte surréaliste. On était tous fous de joie !

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RMM: Le remplacement de Brian Johnson par Axl Rose a fait beaucoup de bruit de façon assez négative. Est-ce que vous appréhendez davantage les prochains concerts en Europe ?
Graham: Je connaissais un peu Brian parce que je l’avais rencontré avec mon père. C’était génial de le voir mais c’était aussi triste parce qu’à ce moment là, il savait qu’il devait arrêter… Personne ne pensait que ça arriverait vraiment. On était en route pour le show à Atlanta et puis au moment de partir, on a eu un appel pour nous dire que la tournée était finie et que Brian n’était plus avec AC/DC. On était choqué, c’était difficile à croire. Mais ça va être une nouvelle expérience avec Axl, quelque chose d’unique. Angus est toujours vif, rempli d’énergie et il veut continuer à jouer. Il a dû trouver une solution et Axl s’est proposé. J’espère que les stades ne seront pas trop vides, mais j’ai bon espoir.

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RMM : Et justement, qu’attends-tu du public européen ?
Graham: Je ne suis pas tellement sûr de savoir. J’espère que les réactions seront positives. Ça fait des années que j’entends dire que les gens en Europe apprécient vraiment le rock’n’roll authentique et j’ai le sentiment que c’est ce que nous faisons, ou du moins nous essayons. Nous sommes tous impatients de jouer. Je suppose que l’on verra samedi à Lisbonne. J’espère juste que l’on va être bien reçu et que les gens ne seront pas de mauvaise humeur parce qu’ils ne verront pas AC/DC de la manière dont ils l’espéraient, ce pour quoi ils ont à la base acheté des tickets. C’est vraiment intéressant de faire partie de cette expérience, mais évidemment c’est aussi génial. On verra bien !

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RMM: J’adore votre reprise de Mojo Workin’ et la manière dont vous avez réadapté la chanson. Pourquoi avoir choisi ce titre en particulier ? Et envisagez-vous de faire d’autres reprises à l’avenir ?
Graham: La reprise de “Mojo Workin'” était très naturelle, du moins la manière dont c’est arrivé. Un jour où j’étais chez Tyler, on a commencé à faire un jam. Il était à la batterie et moi à la guitare, puis j’ai démarré le petit riff principal qu’il y a avant le refrain et on a continué à jammer sur ça parce que c’était cool. Caleb nous a rejoint. Il a éjecté Tyler de la batterie pour jouer à son tour, puis Tyler a pris une de ses guitares et on a prolongé le jam sur le riff de départ. C’est venu naturellement, presque instinctivement. Tyler chantait les paroles de Mojo Workin’ pendant qu’on jouait et on trouvait ça vraiment intéressant. On s’est dit qu’on devrait peut-être l’enregistrer. On n’a pas du tout planifié de faire une reprise, c’est arrivé comme ça, mais j’espère vraiment faire davantage de reprises à l’avenir. J’adore quand les groupes prennent une chanson plus vieille pour la refaire à leur façon, comme Gary Clark Jr. avec « Bright Lights ». Beaucoup de mes groupes favoris ont fait des reprises. C’est devenu très courant maintenant. Otis Redding ou encore les Black Crowes avec « Hard To Handle ». C’est une de leur plus grosse chanson et c’est une reprise !

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RMM: Y a t-il une signification derrière la main représentée sur la pochette de l’EP ?
Graham: En quelque sorte. Des années en arrière, Caleb cherchait à faire un truc cool avec l’avant de sa grosse caisse. On avait un ami qui possédait un peu de peinture et Caleb a trempé sa main droite dedans, puis il a décidé de l’apposer sur la batterie. Quand on s’est mis à chercher une image pour la pochette, on a trouvé que la main pouvait être sympathique, ça serait un peu comme notre empreinte dans la musique.

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RMM: Pourrez-tu expliquer l’expression “Loaded Dice And Burried Money” provenant du même titre ?
Graham: Oui bien sûr. C’est assez difficile à expliquer en fait. C’est quelqu’un qui a des secrets, qui n’est pas comme il le prétend. « Loaded Dice » serait comme une ruse ou une supercherie et « Burried Money » se définirait par des secrets qu’il vaudrait mieux enterrer. Je pense qu’on peut décrire cette expression de cette manière.


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RMM : Quel est ton meilleur souvenir sur scène depuis que tu es dans le groupe ?
Graham: J’en ai tellement ! Mais je dirais que c’est probablement mon premier concert avec le groupe. C’était un très bon moment et tout s’est déroulé naturellement. Le concert était au Ryman Auditorium à Nashville, qui est l’endroit le plus connu dans cette ville. J’ai beaucoup d’autres souvenirs, comme lorsqu’on a ouvert pour Aerosmith à New York il y a quelques années. C’était vraiment cool d’ouvrir pour le groupe de mon père.

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RMM: Qu’est ce qui va suivre pour le groupe en dehors de la tournée qui arrive ?
Graham: On espère revenir rapidement en Europe ! Là on va donc finir la tournée mondiale avec AC/DC, puis retourner aux Etats-Unis pour faire une tournée avec Zakk Wylde. On va sans doute se reposer un peu et prendre le temps d’enregistrer des morceaux. Peut-être qu’on va aussi prendre le temps de retourner en Europe et revenir dans les villes où nous allons passer. J’ai l’impression qu’il faut venir souvent ici pour attirer davantage l’attention des gens donc c’est certain, on reviendra.

Merci à Olivier Garnier, à Graham Whitford et au Dr Feelgood rock bar.

Live report et photos du concert du 15 mai à La Boule Noire prochainement