FANALO : interview au Hellfest Corner

FANALO : interview au Hellfest Corner

Entretien avec FANALO, au Hellfest Corner, à l’occasion de la sortie de son 1er album éponyme

Entretien avec le guitariste FANALO au Hellfest Corner

Par Gaëlle

Premier album éponyme de Fanalo sorti le 28 février 2025 chez Klonosphère en collaboration avec Base Productions

Fanalo pochette

Tracklist :

01 : Tribes (feat Julien Lecharme)
02 : Hate 4 Sale (feat Jeff Scott Soto & Volkor X)
03 : Why (feat Ron Bumblefoot Thal & Thomas Smith)
04 : New Found World (feat Jeff Scott Soto)
05 : Moon
06 : STC (feat Butcho Vukovic)
07 : Die To Live (feat Jeff Scott Soto & Manu Martin)
08 : Rebirth
09 : Isolation (feat Thomas Smith)
10 : Rise (feat Christopher Ithurritze)

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Rock Metal Mag : Tu reviens en 2025 avec un premier album éponyme en solo et ton dernier EP est sorti en 2013. Que s’est il passé pendant cette longue période?

Fanalo : En effet, on a sorti un EP avec Plug-In, mon duo instrumental avec un autre musicien qui s’appelait Mobo. Donc, on a un peu fait le tour de la question qui nous liait l’un à l’autre, puisque l’on bossait ensemble depuis 1998. On en est arrivé au point où l’on ‘est rendu compte que l’on n’avait plus les mêmes envies. Et tout comme lui, j’avais un peu le désir de m’émanciper de la musique instrumentale mais sans avoir la même vision sur la manière de le faire.

Du coup, on s’est arrêté mais pas forcément de manière conflictuelle, puisque c’est Mobo qui a mixé et masterisé mon album. Mais après la période Plug-In ce n’était pas le tout de savoir ce que l’on ne voulait plus faire. Il fallait trouver ce que l’on avait envie de faire.

Alors je me suis fait quelques vacances musicales en jouant dans des tribute band de Van Halen, Maiden…etc . Et ce n’est qu’en 2019 que j’ai eu envie de revenir à la compo. J’ai surtout désamorcé des points de blocages que j’avais parce que j’avais l’impression qu’il fallait que je choisisse entre la musique instru, la musique chantée, le prog et le grunge, des morceaux longs ou courts… Donc à un moment donné, j’ai réalisé qu’il fallait que j’arrête de me prendre la tête, que je fasse ce que j’avais à faire et que je verrais bien où cela me mènerait.

Du coup, j’ai commencé à travailler sur l’écriture et la production de deux morceaux mais sans vraiment savoir où j’allais. Et de fil en aiguille cela m’a amené là en face de toi, avec un album qui sort. Mais voilà, ce n’était pas particulièrement stratégique comme approche. Et je me suis laissé le temps et c’est pour cette principale raison, qu’il ne s’est pas passé grand chose entre 2013 et 2025.

Je ne voulais pas me mettre la pression et quand je vois où cela m’a amené, je me dis que j’ai bien fait.

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Rock Metal Mag : Fanalo c’est un jeux de mots avec ton vrai nom? 

Fanalo : Oui, mon nom est Stéphane Alaux et cela vient de l’époque où je tournais avec Bumblefoot et Plug-In avec Mobo. Et en déconnant, lui et Ron m’appelaient régulièrement Fanalo, et c’est resté. Donc, c’est un truc marrant qui m’a ramené un peu à cette époque.  Et quoi qu’on en dise, c’est vrai qu’à cette époque là, cela m’a permis d’être identifié sous ce nom là auprès de pas mal de personnes et notamment dans la presse un peu guitare.

Du coup, je l’ai conservé et je trouve intéressant le fait d’avoir cet espèce de personnage de schizophrénie avec un Fanalo, directeur d’école et un Fanalo qui fait n’importe quoi avec la guitare. Et c’est très bien comme ça.

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Rock Metal Mag :  Cet album contient plusieurs featuring. Est-ce que chaque chanteur a écrit les paroles de son morceau?

Fanalo : Oui c’est ce qui s’est passé. Mis à part le chant, j’ai presque tout fait moi-même sur l’album en me laissant le temps, concernant le processus de création des morceaux Et je savais que je ne voulais pas faire que de l’instrumental car certains de ces morceaux étaient dédiés à avoir du chant.

En fait j’avais gardé en tête le premier album solo de Slash, qu’il avait fait à l’époque avec Ozzy, Lemmy, Adam Levine de Maroon 5. J’ai trouvé cet album super car il apportait une grande diversité, et je me suis dit qu’après tout si lui l’avait fait, je pouvais faire pareil. Et du coup, j’ai fait mes morceaux, et à la fin je chercherais qui je verrais au chant dessus.

Donc j’ai proposé à des chanteurs, vraiment au feeling, et derrière j’ai donnés une orientation sur l’idée que je voulais que cela aborde. Mais je ne suis pas allé plus loin. Au mieux, j’ai donné le titre et à chaque fois, les chanteurs ont joué le jeu en faisant, le texte, la mélodie..etc.

On a collaboré comme ça et à chaque fois cela a fonctionné. Je n’ai pas eu besoin de me remettre en question.

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Rock Metal Mag : Et comment s’est déroulé l’enregistrement, c’était à distance? 

Fanalo : Oui à distance, dans mon bureau avec une paire d’enceintes, un ordinateur et des guitares. et je me suis dit que déjà, je pouvais faire quelque chose avec ça. Donc, j’ai tout fait moi-même. J’ai programmé la batterie, j’ai joué la basse et j’ai bricolé dans mon petit bureau. Ensuite, j’ai envoyé les morceaux aux chanteurs, qui eux, ont fait pareil de leur coté.

Maintenant, on est dans une époque où tout le monde se prépare pour enregistrer en toute autonomie sans pour autant entrer en studio. Il y a des limites techniques mais il y a aussi le gros avantage d’avoir le temps de développer ses idées. Bon, cela peut être aussi un piège, car pour le premier j’ai mis 5 ans à le faire. Mais tu peux aller au bout de ce tu recherches.

Il y a un seul morceau que j’ai enregistré avec le chanteur chez lui. C’est Why avec Thomas Smith, parce que l’on avait du temps et nous étions dispo au même moment.

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Rock Metal Mag : Est-ce que tu avais des morceaux prêts depuis plusieurs années ou tout a été composé vraiment là pour l’album ?

Fanalo : Alors, il y en avait quelques uns de prêts. Je pense que le plus ancien doit être Die To Live . Lui, je me le traine depuis 2010. C’est un morceau que j’aimais beaucoup mais je n’avais pas réussi à l’aboutir et à trouver le chanteur qu’il fallait. Et en fait, c’est le premier morceau que j’ai bossé avec Jeff Scott Soto, qui est un de mes chanteurs favoris. Peut être qu’inconsciemment, j’avais produit un morceau pour avoir ce type de chanteur là.

Et c’est mon pote Ron Thal, qui m’a dit de demander à Jeff directement, et cela a débloqué le truc. Il y a certains morceaux que je n’avais pas réussi à finaliser et ils sont tous sur l’album. Mais il y en quand même bien les deux tiers que j’ai composé spécialement entre 2009 et maintenant.

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Jeff Scott Soto

Rock Metal Mag : Est ce que les chanteurs que tu as choisi ont tous pu répondre favorablement à ta demande ?

Fanalo : Dans l’ensemble la plupart était tous intéressés, mais ce qui a vraiment changé la donne, est la participation de Jeff. Cela s’est fait très vite et il est très pro. Je lui ai envoyé le morceau, avec mon idée, le soir en France, donc en début de journée pour lui. Et le lendemain matin, à mon réveil, j’avais le morceau tel qu’on l’entend sur l’album. C’est à dire qu’il avait enregistré, écrit, fait les choeurs.. et c’était monstrueux. Jeff Scott Soto est un grand professionnel qui a bossé avec énormément de monde.

Du coup, à partir du moment où il a produit le niveau de qualité qu’il a fourni de façon très rapide, les autres se sont beaucoup plus investis. Cela faisait 2 ou 3 mois que je leur demandais si ils avaient avancé et lorsque je leur ai dit ce que j’avais avec Jeff, tout à coup, ils sont devenus super réactifs.

Mais dans l’ensemble ils se sont tous donnés à 100%. Mine de rien, c’est de plus en plus difficile et rare de trouver des gens qui mènent un projet de compos dans lequel tu peux t’impliquer. Du coup, ils étaient contents de pouvoir y participer. Et plus on avançait dans ce projet motivant, plus il gagnait en consistance.

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Rock Metal Mag : Depuis quand joues-tu de la guitare et qu’est ce qui t’as fait te diriger vers le rock ?

Fanalo : Je joue de la guitare depuis mes 14 ans et j’en ai 50 aujourd’hui, donc cela fait longtemps. En fait c’est le rock qui m’a amené à la guitare. J’aimais vraiment le son de la guitare saturée et à l’époque je n’avais pas une connaissance accrue du rock, hard rock, etc..

Mais il y avait 2 ou 3 petits trucs comme The Final Countdown de Europe que je trouvais cool quand j’avais 10/12 ans, même si la guitare n’était pas super dans ce morceau là. Donc, j’ai acheté l’album et après la chanson titre tu as le morceau de pur hard rock, Rock The Night. Et là, j’ai trouvé ça tellement bien que j’ai eu envie de faire la même chose. C’est comme ça que, de fils en aiguilles, je suis devenu vraiment accro.

Au début j’en ai chié à la guitare mais j’ai eu la chance d’avoir un prof qui m’a vraiment motivé et surtout qui m’a fait découvrir, Van Halen, Satriani … Et après, je n’ai jamais arrêté.

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Rock Metal Mag : Est ce que tu as essayé d’autres instruments ?

Fanalo : Et bien non. Je suis vraiment un guitare maniaque. Mais c’est vrai que sur cet album c’est la première fois que je ne fais pas que la guitare, puisque j’ai fait toutes les batteries, tous les claviers,  les beatpicks, j’ai joué la basse aussi et j’ai pris énormément de plaisir à le faire. Donc je suis assez fier car c’est la première fois que j’ai pu aller au delà de la guitare elle-même.

Et ce que j’ai préféré faire sur l’album ce ne sont pas les solos de guitare mais ce sont les lignes de basse. J’ai pu mesurer l’importance que cela avait. Une ligne basse/batterie bien pensée musicalement change complètement la facette d’un morceau. En fait je me suis épanoui à faire ça et du coup dans la musique que je fais aujourd’hui, cela fonctionne mieux.

Je pense que pour arriver à se réaliser musicalement et pour arriver à toucher un public, il ne faut pas trop se poser de questions, ni trop chercher à réussir et s’interdire des trucs. C’est vraiment l’état d’esprit dans lequel je me suis mis et je pense que c’est la bonne manière. Il ne faut pas se poser des limites incohérentes car tu risques de te museler.

Notamment pour la prod, c’est Base Productions qui soutient mon projet aujourd’hui. On se connait depuis 30 ans et je les ai tanné depuis des années avec Plug-In. Ils m’ont un peu aidé mais jamais au point de dire qu’ils allaient s’occuper de moi. Et un jour où je suis allé les voir, ils ont trouvé que ce que je faisais était bien.  Et en fait, c’est précisément au moment où je n’attendais plus rien d’eux, qu’ils ont trouvé mon projet intéressant.

 Alors qu’avant je me fixais trop de limites qui m’empêchaient d’avoir une intégrité et une efficacité, parce que je voulais leur plaire. Et c’était contre productif. Je pense que les gens ont besoin de ressentir cette émancipation des artistes. En tous les cas, je le vois aujourd’hui car je me retrouve à faire des interviews, alors que quand j’ai commencé à composer mes morceaux, c’est le dernier truc que je cherchais.

 Donc, voilà c’est ce que je vois avec un peu de recul. Et j’en parlais récemment avec Ron Thal, avec qui je suis très ami parce que j’ai joué avec lui en groupe. Lui aussi sort un album et on a été surpris de constater que l’on est dans le même état d’esprit.

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Ron Thal

Rock Metal Mag : Justement, qu’est-ce que tu retiens de ton expériences au côté de Ron Thal (Bumblefoot) ?

Fanalo : Alors moi, je suis directeur d’un centre de formation pour musiciens, donc je réfléchis beaucoup sur la pédagogie. Et bien, même en faisant ce métier là, je persiste à dire qu’il y a des choses que tu ne peux pas apprendre autrement que sur la route, à jouer dans des concerts ou dans des troquets. Et donc sur la route avec Ron, j’ai appris plein de chose que tu ne peux pas apprendre autrement.

Après, le jour où il m’a proposé de tourner avec lui, je ne m’y attendais pas du tout. Je ne pensais pas avoir le niveau car Ron c’est un monstre et ma première réaction a été: pourquoi moi ? Et en fait, un de mes potes m’a dit que le plus important était que lui sache pourquoi moi.

Donc je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de réfléchir et que j’honore ce que l’on attendait de moi au lieu de me poser des questions d’Ego. C’est très naturel de faire de la musique avec un mec comme Ron lui et c’est un gars formidable. Cela fait relativiser la relation à l’instrument, au travail, à la musique, à l’objectif de tout ça.

Ce sont plein de petites choses comme ça qui ont été importantes pour moi. Je me retrouvais à jouer des morceaux que je bossais, avant,  d’un point de vue guitaristique, alors que tout d’un coup, j’étais dans l’environnement artistique du mec. Et tu reprends un peu de hauteur et de valeur sur la musique que tu joues. C’est quelque chose d’important pour moi, mais du coup j’ai arrêté, à ce moment là, de faire musicien intermittent parce que j’avais plus de difficultés à me satisfaire en jouant des reprises.

J’ai donc fait d’autres choix professionnels car quand tu as la chance de participer à un projet de Ron, tu y es tout à fait. Donc, c’est ce que je retiens car même si c’est un peu abstrait, c’est quelque chose qui reste dans le temps.

(ndlr : A lire sur Ron Thal : https://rockmetalmag.fr/ron-thal-bumblefoot-album-returns/)

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Rock Metal Mag : Comment tu présenterais ta musique, ton album a quelqu’un qui ne connait pas pour le convaincre d’écouter ?

Fanalo : Je pense que je fais une musique de musicien qui peut intéresser des gens qui font de la musique car il y a plein de petites choses dedans et de combines guitaristiques. Mais c’est une musique de musicien qui n’est pas faite pour les musiciens. J’ai vraiment eu à coeur de faire des choses un peu pointues, mais toujours accessibles, de ne pas satisfaire mon Ego mais au contraire de faire des refrains efficaces qui donnent envie de bouger.

C’est une musique un peu à l’image de ce que l’on pouvait écouter à la fin des années 80/90 et un peu 2000,grosso modo, entre Dream Theater et Van Halen. Voilà, je pense que c’est une musique cool à écouter avec des gens qui ne sont pas musiciens, et qui peut donner envie de chanter et de prendre du plaisir.

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Rock Metal Mag : Concernant les concerts comment cela va se passer avec les chanteurs?

Fanalo : Alors sur les 4 chanteurs de l’album, il y en a un qui chante sur Rise, le dernier morceau et c’est Christopher Ithurritze, un de mes amis qui vit dans le pays basque, pas très loin de Bordeaux, où je réside et c’est lui qui va chanter sur les prochaines dates. C’est un excellent chanteur, tout comme les autres musiciens qui nous accompagnent d’ailleurs, et franchement il peut chanter les autres morceaux car cela fonctionne bien.

Après je ne m’interdis pas de faire des tournées avec des chanteurs différents, pour donner différents goûts et différents visages. J’aimerai bien faire quelques dates avec Thomas Smith, qui chante sur deux morceaux et peut être un jour avec Jeff aussi si l’occasion se présente.

Et sur le prochain album, je pense que je vais élargir mon panel de chanteur et travailler aussi avec des nanas au chant. En fait je ne m’interdis rien.

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Rock Metal Mag remercie Fanalo, Klonosphere et le Hellfest corner