BLACKRAIN : interview avec Matthieu

BLACKRAIN : interview avec Matthieu

Entretien avec  Matthieu De La Roche, bassiste du groupe BlackRain

Interview – Matthieu (BlackRain)
réalisée au Trianon le 18 décembre 2025
Par Martine Varago

BlackRain

Copyright Julien Zannoni – Rock Photographer

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Depuis plus de vingt ans, BlackRain fait vibrer la scène française avec un hard rock flamboyant : des riffs tranchants, des refrains à hurler à pleins poumons et une énergie qui ne s’éteint jamais. Né au début des années 2000 à Annecy, quand le glam n’est plus à la mode, le groupe est cependant parvenu à s’imposer comme un pilier du rock hexagonal. Inspiré par les légendes du genre comme Mötley Crüe, Guns N’ Roses ou Judas Priest, BlackRain a su réinventer ses influences avec un style unique, porté par la voix spectaculaire de Swan Hellion.

Figure essentielle de la section rythmique de BlackRain, Mathieu revient sur plus de vingt ans de carrière au service d’un glam hard rock sans compromis. Entre fidélité à une identité forgée à contre-courant, réflexion sur l’impact de l’intelligence artificielle dans la musique et travail minutieux autour du groove, le bassiste se livre avec sincérité à l’occasion de la sortie du nouvel album Orphans of the Light, attendu le 27 février.

Mais BlackRain a déjà sorti 8 clips vidéos de ce nouvel opus : « Méandres de l’Instinct », « Unleash the Fury », « Crack The Sky« , « DƐad Boy », « Disagree« , Orphans of the Light,  « If This Is Love » et le plus récent Club Crazy Nights

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Rock Metal Mag : Avant de rentrer dans le dur : si ta basse devait parler, elle dirait quoi de toi après une tournée avec BlackRain ?

Matthieu : Elle dirait qu’elle a besoin de retourner chez mon luthier, car elle a reçu plein de pains. On a un truc particulier chez BlackRain, c’est que tous nos instruments sont fabriqués par la même personne, un luthier qui s’appelle Capelli. Il travaille dans le Jura et, après chaque tournée, en général on lui rapporte nos instruments en mauvais état.

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Rock Metal Mag : BlackRain, c’est le cuir, les riffs affûtés, les refrains fédérateurs et une esthétique glam hard rock assumée. À l’heure où beaucoup de groupes lissent leur son, pourquoi est-il si important pour vous de rester fidèles à cette identité explosive et sans compromis ?

Matthieu : Parce que c’est toujours ce que l’on a fait. Lorsque l’on a commencé, le glam rock n’était déjà plus à la mode et pourtant on est encore là, vingt ans après.
La question du lissage du son, c’est quelque chose qui me pose un peu plus problème avec l’entrée de l’intelligence artificielle. Des tubes lisses, l’ordinateur sait faire ça très bien. Et je pense que, dans un an, il n’y aura plus que ça. Donc je pense que la musique, il faut que ça frotte un peu. C’est essentiel et c’est ça qui est humain.

Rock Metal Mag : L’intelligence artificielle est présente partout, y compris dans les réseaux sociaux, et cela standardise les images et les vidéos. Cela devient ennuyeux à regarder !

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BlackRain
Rock Metal Mag : Votre nouvel album Orphans of the Light sort le 27 février prochain. On sait qu’il s’inscrit dans la continuité de votre ADN musical tout en apportant une nouvelle énergie et un son plus propre. Comment s’est déroulé le processus de création ? Est-ce un album écrit dans l’urgence, la réflexion, ou les deux à la fois ? Quelle évolution peut-on entendre par rapport à vos précédents disques ?

Matthieu : On compose en permanence et on a déjà préparé la moitié de l’album suivant. C’est Swan, notre chanteur, qui compose majoritairement, mais on a chacun notre mot à dire. Le reste du groupe, on est plus dans le « j’aime / je n’aime pas » en apportant notre touche personnelle.
Les sources d’inspiration proviennent donc de différents sujets, à des moments divers. Cela dépend de ce que tu vis et de ce que tu écoutes. On compose en fonction de ce que l’on sait faire, à notre sauce. Il n’y a pas de calcul. La question que l’on se pose, c’est : est-ce que l’on écouterait ce morceau ou est-ce que l’on ne l’écouterait pas ?

Le rôle de Swan, c’est de prendre tous les riffs en compte et de les centraliser sur une maquette avant de partir en studio. C’est lui qui réunit tout. Chacun enregistre dans son studio, que ce soit Francky ou moi-même.

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Rock Metal Mag : La basse dans BlackRain n’est pas seulement un soutien rythmique, elle est très présente dans le groove et l’impact global du groupe. Comment construis tu tes lignes de basse : pars-tu d’abord de la batterie, des riffs de guitare ou de ton instinct ?

Matthieu : Pour la partie basse, le but, c’est de faire le moins de notes possible. Il y a des suites d’accords et, globalement, il y a une note qui marche bien avec. Et si tu regardes bien, on a beaucoup de morceaux comme ça : la basse ne joue qu’une seule note. En fonction de la musicalité et de la tonalité, la note varie. Cette note doit être très présente à côté de la batterie, car c’est la batterie qui porte le morceau.

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Rock Metal Mag : Peux-tu nous donner le titre d’un morceau avec une note principale jouée à la basse ?

Matthieu : Sur ce morceau Unleash the Fury, il y a les trois quarts du morceau joués sur un LA. Et c’est souvent dans les vides que la basse s’exprime, mais lorsqu’il y a le chant, lorsqu’il y a la guitare, la basse est assez contiguë. C’est une de nos spécialités.

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Rock Metal Mag : Sur ce nouvel album qui sort le 27 février, ton jeu semble plus massif et plus précis à la fois. As-tu volontairement changé ton approche (attaque, placement rythmique, choix des notes) par rapport aux albums précédents ?

Matthieu : C’est le matériel qui change : les cartes son, les préamplis Neve. Tout est de meilleure qualité.
On n’utilise plus d’amplis en studio. On utilise des pédales Darkglass et cela permet d’obtenir un super son. Mais cela ne nous intéresse pas d’envoyer une ligne de basse sur un site pour la transformer.

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Rock Metal Mag : BlackRain a un son très ancré dans le hard rock, mais on sent parfois des influences plus modernes dans la rythmique. Est-ce que tu t’inspires de bassistes extérieurs au hard rock (funk, metal, groove, etc.) pour enrichir ton jeu ?

Matthieu : Duff McKagan (ndlr : Guns N’ Roses). C’est la solidité basse-batterie. Il joue bien, n’en fait pas trop, mais juste ce qu’il faut. Je n’aime pas les trucs trop techniques, trop compliqués.

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Rock Metal Mag : La relation basse-batterie est essentielle dans un groupe comme BlackRain. Comment travailles-tu avec le batteur : par échanges techniques, ressentis, répétitions très carrées, ou plutôt à l’instinct ?

Matthieu : On joue principalement chacun de notre côté. On s’envoie des pistes. Je me cale sur la batterie, donc je le suis et je dois faire le lien avec les guitares. On répète rarement, car cela fait vingt ans que l’on joue ensemble. Avant une tournée, on joue une fois le set et c’est en place. On a vingt ans d’expérience et, pour en arriver à ce niveau, on a beaucoup répété au début.

Pendant dix ans, on a répété tous les week-ends, puis tous les jours durant quatre années consécutives. On a fait des centaines de répétitions dans le passé, et c’est la raison pour laquelle on n’en a plus besoin aujourd’hui.

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Rock Metal Mag : Y a-t-il des morceaux du nouvel album où tu as dû simplifier ton jeu pour servir l’efficacité, ou au contraire le complexifier pour apporter plus de tension ?

Matthieu : Oui, la chanson « Les méandres de l’instinct » sort de l’ordinaire parce que, premièrement, les textes sont en français. Deuxièmement, les lignes de basse ne sont pas habituelles : plus groove, moins rock, pour les besoins du morceau.

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Rock Metal Mag : Sur scène, ton jeu est très physique. Est-ce que cela influence ta manière de composer ?

Matthieu : J’ai la réputation d’être très dynamique et d’aller au contact du public. Je ne sais pas calculer : j’ai toujours adoré être sur scène. Le fait de jouer quelque chose de pas trop technique mais efficace permet de mieux s’exprimer sur scène, de bouger, d’aller voir les fans. L’idée de BlackRain, c’est avant tout de faire passer un moment agréable aux gens, qu’ils chantent avec nous. Bref, que ce soit une vraie fête !

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Rock Metal Mag: Penses-tu déjà à l’endurance, au groove et à l’impact live quand tu écris une ligne de basse ?

Matthieu : Oui, et à l’heure actuelle, encore plus. Il y a des moments où je vais bouger la tête tout le temps sur une seule note. Il y a un côté scénique, c’est évident, car les chansons sont souvent composées pour la scène. C’est la chose la plus importante finalement. Aujourd’hui, ce qu’il y a de plus humain, ce sont les concerts ! Donc on fait de la musique pour jouer en live !

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Rock Metal Mag : Avec l’expérience, as-tu modifié ta technique pour éviter les blessures ou la fatigue sur les longues tournées ?

Mathieu : Oui, on a changé. Au début, tu cours dans tous les sens, tu joues comme un fou, et puis tu commences à avoir des tendinites. Évidemment, tu t’assagis avec le temps. La tendinite du poignet, c’est le problème de tous les musiciens, et c’est récurrent chez tous !

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Rock Metal Mag : Quelle est la plus grosse idée reçue sur les bassistes que tu aimerais définitivement enterrer ? (Et accessoirement, le bassiste n’est pas toujours le plus sage du groupe ?)

Matthieu : On dit souvent que le bassiste, c’est le gars qui accompagne le groupe en tournée (rires).
J’ai remarqué dans quelques groupes que le bassiste a parfois moins de travail que les autres. Certes, c’est vrai, je l’avoue, et cela me laisse plus de temps pour faire tout le reste : le management, la logistique, la réservation des salles de concert, les clips, la communication, le visuel. C’est ce que je fais dans le groupe, et la plus grosse partie repose sur moi.

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Rock Metal Mag : C’est donc toi qui fais les clips vidéo au sein de BlackRain ? Et la nouveauté BlackRain, c’est de relever un défi ambitieux : sortir 9 clips pour les 14 titres du prochain album. À partir de fin avril, un morceau par mois dévoilera progressivement Orphans of the Light.

Matthieu : On a sorti des singles, donc avec clips vidéos (ndlr : depuis décembre 2025). À chaque fois, il faut déplacer quinze personnes : les ingénieurs son, lumière, le cameraman. Il faut chercher le lieu de tournage, nourrir toutes ces personnes. C’est à la fois un travail et un budget gigantesques. Cette année, j’ai passé mon temps à faire un travail complètement dingue sur les vidéos. Le budget d’un clip est équivalent à environ 5 000 €, et en multipliant par dix, cela représente un budget total de 50 000 €.

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Rock Metal Mag: Pour finir, si tu devais donner un conseil technique à un jeune bassiste qui rêve de jouer dans un groupe de hard rock comme BlackRain, ce serait lequel ?

Matthieu : Le conseil serait de bosser son instrument, de ne pas rester chez soi et de jouer en public en toutes circonstances, même dans un bar.

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Rock Metal Mag: Un dernier mot à nos lecteurs.

Matthieu : On donne rendez-vous le 28 février au Trianon pour notre concert. C’est une étape décisive dans ce que l’on a fait, car on n’a jamais joué dans une salle aussi importante. On avait fait une date au Bataclan et attiré surtout des curieux. Maintenant que l’on a rempli des salles comme La Maroquinerie, on essaie de se lancer un défi : jouer au Trianon.

Rock Metal Mag : Venez nombreux les écouter !

BLACKRAIN CONCERT

https://www.facebook.com/events/2445986742426239

Avec Orphans of the Light, BlackRain prouve qu’il est possible d’évoluer sans renier ses fondations. Toujours guidé par l’instinct, le groupe affine son propos, renforce son impact et revendique plus que jamais une musique vivante, imparfaite et profondément humaine. Une démarche cohérente et assumée, à l’image de Mathieu : ancrée, efficace et tournée vers l’essentiel — le groove, l’énergie et la scène.

BlackRain

Copyright Julien Zannoni – Rock Photographer

Matthieu De La Roche (basse) – Jerem G (guitare) – Franky Costanza (batterie) – Swan Hellion (chant / guitare)

https://www.facebook.com/BlackRainRock/