Paradise Lost : interview avec Aaron et jeff

Paradise Lost : interview avec Aaron et jeff

Entretien au Furiosfest avec Aaron Aedy et Jeff Singer du groupe Paradise Lost

Paradise Lost : Interview exclusive avec le guitariste Aaron Aedy et le batteur Jeff Singer :
Le prix à payer pour rester Paradise lost

réalisée au Furiosfest le 23 août 2026

Par Martine Varago

Paradise Lost

Paradise Lost Line-up :

Nick Holmes (chant)
Greg Mackintosh (guitare lead)
Aaron Aedy (guitare rythmique)
Steve Edmondson (basse)
Jeff Singer (batterie) (2008-depuis 2025)

Paradise Lost

https://www.facebook.com/paradiselostofficial

Avec plus de trois décennies de carrière au compteur, dix-sept albums studio et plus de deux millions de disques vendus, Paradise Lost demeure une référence incontournable du versant le plus sombre du metal. Formé à Halifax en 1988, le groupe s’est rapidement imposé comme l’un des pionniers du metal gothique, notamment grâce à ses premiers albums fondateurs.

En 1991, Gothic pose ainsi les bases d’un style où la puissance du metal se mêle à des mélodies crépusculaires et à une atmosphère profondément mélancolique.

Loin de se reposer sur ses acquis, Paradise Lost n’a cessé de faire évoluer son univers au fil des années. De ses racines doom-death particulièrement lourdes à l’ambitieux Draconian Times (1995), qui lui ouvre les portes d’un public metal beaucoup plus large, le groupe s’est également aventuré vers des territoires plus expérimentaux, teintés d’électronique.

Cette capacité à se réinventer sans jamais perdre son identité a largement contribué à son influence durable sur plusieurs générations d’artistes. De Cradle Of Filth à HIM, en passant par Gatecreeper et Chelsea Wolfe, nombreux sont ceux qui ont puisé, à leur manière, dans l’héritage sombre et singulier de Paradise Lost.

En présence de Aaron (arborant un t-shirt de Motörhead) et de Jeff, Rock Metal Mag vous dévoile les secrets de la potion magique sonore de Paradise Lost .

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Rock Metal Mag : Première question que l’on se pose. Nick, Greg, Steve et Aaron, vous jouez ensemble depuis 1988. C’est rare de rester aussi longtemps dans le monde du metal. Quel est le secret de votre potion magique ?

Aaron : Rire ensemble. Et nous étions déjà copains avant de former le groupe. Je connais Greg depuis l’âge de 11 ans, Nick depuis l’âge de 12-13 ans. Le plus important est de rire ensemble pour rester ensemble.

Jeff : Et j’ai rejoint la synergie du groupe.

Aaron : Jeff est marrant. (rires)

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Rock Metal Mag : Après trois décennies, qu’est-ce qui vous donne encore envie de monter sur scène et de jouer du Paradise Lost ?

Aaron : Pour être honnête, aujourd’hui, tout passe par Internet. J’habite à environ 300 kilomètres des autres membres du groupe. Quand Greg écrit un morceau, il nous l’envoie par e-mail. Nous nous retrouvons surtout pour répéter juste avant l’enregistrement d’un album.

Jeff : À l’époque, vous deviez probablement répéter trois soirs par semaine.

Aaron : Oui. Pendant les quinze ou vingt premières années, nous répétions trois, voire quatre fois par semaine.

Jeff : Mais lorsqu’on a une famille et que les emplois du temps deviennent plus chargés, c’est évidemment plus compliqué. Aujourd’hui, une grande partie du travail se fait à la maison. Cela dit, je trouve que ce dernier album nous a ramené à une façon de travailler assez proche de celle de nos débuts.

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Rock Metal Mag : Est-ce que vous ressentez toujours la même chose qu’à vos débuts à Halifax, en 1988 ?

Aaron : Je pense qu’aujourd’hui, nous mesurons encore davantage la chance que nous avons. Le groupe existe depuis 38 ans et demi et nous pouvons toujours partir en tournée et jouer devant un public. Nous apprécions cette chance bien plus qu’avant.

À l’époque, j’étais impatient de monter sur scène, et j’adore toujours autant ça. Au fond, le sentiment est le même, mais nous avons aujourd’hui une conscience beaucoup plus forte de la chance que nous avons de pouvoir continuer.

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Rock Metal Mag : Avez-vous déjà eu peur de changer de direction, notamment lorsque Paradise Lost est passé d’un univers doom/death sombre à l’immense succès de Draconian Times, puis à l’approche beaucoup plus expérimentale de Host ?

Aaron : Non. Entre Icon et Draconian Times, nous avons beaucoup tourné, pendant presque quatre ans, et nous avions envie de rendre les choses plus intéressantes pour nous-mêmes en essayant de nouvelles idées. Host était finalement une prolongation de cette démarche.

Si nous avions essayé de refaire Draconian Times trois fois, nous aurions probablement arrêté de jouer. Ce qui nous fait continuer aujourd’hui, c’est le plaisir de créer et de jouer de la musique. Il faut être en accord avec ce que l’on fait. Sinon, on ne se sent pas honnête lorsque l’on joue. Nous aimons vraiment la musique que nous faisons, et c’est précisément pour cela que nous continuons.

Jeff : Paradise Lost a connu une très longue carrière et le groupe n’a jamais cessé d’avancer. Il y a eu différentes périodes dans l’histoire du groupe. J’étais moi-même fan avant de le rejoindre. À certaines périodes, l’utilisation de nouvelles technologies apportait quelque chose d’excitant.

Aaron : Il faut trouver de nouvelles façons de garder les choses fraîches et intéressantes pour nous. Quand on joue tous les soirs, on a besoin de vivre au moins une nouvelle expérience, sous une forme ou une autre. Par exemple, après avoir longtemps fonctionné avec deux guitares pendant quatre ans, nous avions envie d’apporter une autre dimension au son du groupe. Lors de notre dernière tournée européenne, nous avons intégré quelques morceaux de Host que nous avions très peu joués auparavant.

 Nous les avons ajoutés à la setlist parce qu’ils apportent naturellement de nouvelles nuances à notre son. Ils permettent d’ajouter une texture différente et de faire évoluer ce que nous proposons sur scène. Parfois, on écoute la suggestion d’un fan et on se dit ; «Ouais, ça fait longtemps que l’on n’a pas joué ce morceau, jouons le». Parfois on a aussi envie de jouer nos titres préférés.

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Rock Metal Mag : Quel a été le moment le plus difficile de votre carrière avec Paradise Lost ? Et qu’avez-vous appris de cette période qui vous a rendus plus forts ?

Aaron : La période la plus décevante a sans doute été l’explosion du téléchargement illégal. Du jour au lendemain, les gens ont cessé d’acheter des disques. Nous avons dû nous adapter et repenser complètement notre façon de tourner. Une tournée implique énormément de dépenses : il faut payer le van, l’essence, les hôtels, tout le reste. À partir des années 2000, l’industrie musicale a profondément changé et nous avons dû apprendre à fonctionner dans ce nouvel environnement.

Jeff : On a surtout l’impression que l’argent se concentre désormais entre les mains d’un nombre de personnes de plus en plus restreint.

Aaron : Avant 2000, nous perdions déjà beaucoup d’argent en tournée, mais les revenus générés par les albums permettaient de compenser ces pertes et de financer les tournées suivantes.

Jeff : Je me souviens qu’au milieu des années 90, avec mon groupe, nous avions prévu de jouer quinze concerts en Allemagne. Finalement, nous n’en avons fait que cinq parce que nous perdions trop d’argent. Nous avons donc dû réduire le nombre de dates. Les ventes de disques diminuaient et nous avons commencé à dépendre davantage du merchandising.

Aaron : C’est devenu indispensable pour continuer à faire tourner la machine, surtout lorsqu’on parle de grosses tournées. Aujourd’hui, tout le monde tourne, tous les groupes sont sur la route, et l’offre de concerts est énorme. Les fans, eux, doivent avoir les moyens de suivre. Ce n’est pas évident, surtout quand les prix ne cessent d’augmenter.

Jeff : Les tournées américaines, par exemple, coûtent extrêmement cher aux groupes.

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Rock Metal Mag Est-il aujourd’hui plus difficile de gagner sa vie avec la musique qu’avant Internet ?

Aaron : Je plains vraiment les jeunes groupes. Je ne vois pas comment ils peuvent réussir à se lancer dans les tournées aujourd’hui. Ils doivent vendre des T-shirts simplement pour pouvoir payer l’essence. Et lorsqu’un concert est organisé dans une salle, celle-ci peut prendre 30 % des recettes, ce qui réduit encore la marge sur le merchandising.

 Internet permet certes d’être potentiellement visible partout dans le monde, mais le problème, c’est que tout le monde bénéficie exactement des mêmes possibilités. Il est donc devenu beaucoup plus difficile de sortir du lot et de se faire remarquer.

Jeff : Internet a rendu le monde de la musique beaucoup plus fragile, compétitif.

Aaron : Nous avons vécu tellement d’expériences incroyables en partageant notre musique avec un public qui veut faire partie du spectacle. J’adore ce partage. C’est ça, le plus important : partager la musique, la transmettre aux gens. C’est génial.

Jeff : La vie, c’est ça, parce que nous sommes amis depuis tellement longtemps. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Nous avons vécu des expériences ensemble. La vie, c’est avant tout le partage.

Aaron : Il existe une véritable communauté du rock’n’roll.

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Rock Metal Mag : Après 17 albums, comment évitez vous d’écrire une chanson qui ressemble à une version de quelque chose que vous avez déjà fait ? Ou est-ce que vous n’y pensez tout simplement pas ?

Aaron : Je pense que Greg sait très bien gérer ça. Quand on joue sur scène, il faut notamment veiller à ne pas trop se répéter, surtout parce que notre set-list comporte énormément de morceaux différents. C’est quelque chose auquel nous devons toujours être attentifs.

Jeff : Le morceau « Serpent On The Cross » que nous jouons pendant cette tournée européenne me ramène directement à l’époque où j’avais 15 ans, dans ma chambre. Je l’aime particulièrement pour cette raison : il me rappelle d’où nous venons et tout ce qui nous a construit musicalement. C’est un morceau qui me replonge instantanément dans cette période.

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Rock Metal Mag : Comment Paradise Lost s’est il retrouvé à l’affiche du Furios Fest et du Motocultor en 2026 ?

Aaron : C’est notre management qui a fait ces choix. Nous avions déjà participé au Motocultor auparavant et nous en gardions un excellent souvenir. Nous avions donc aussi envie de renouveler l’expérience.

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Rock Metal Mag :  Pour terminer, avez-vous déjà des projets pour un prochain album de Paradise Lost ?

Aaron : Pas pour le moment. Cette année est essentiellement consacrée aux tournées, et ce sera probablement encore le cas l’année prochaine. Greg, lui, écrit constamment. Il a naturellement cette capacité à s’asseoir et à se mettre à travailler sur un album. C’est vraiment quelque chose qui lui vient spontanément.

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Merci à Aaron et Jeff du groupe Paradise Lost, pour cette interview au Furiosfest